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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 12:19

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Godfrey Isaacs en octobre 1912


Nous continuons ci-dessous la présentation du Scandale Marconi, affaire qui secoua l'Angleterre en 1912 et qui est liée de manière particulière à la vie de Chesterton (Premier volet : ICI).

 

 

 

Le Scandale Marconi (2)


De retour en Angleterre, Godfrey Isaacs dîna le 9 avril 1912 avec ses frères Harry et Rufus. La discussion pendant le repas porta principalement sur l’arrangement qui venait d’être conclu au profit de la Marconi américaine. Godfrey proposa donc à ses frères de leur vendre 100 000 parts pour un peu plus d’une £ chaque. Rufus Isaac n’accepta pas de se porter acquéreur, estimant qu’il ne s’agissait pas d’un bon placement. En revanche, Harry en acheta 50 000. Cette histoire prit un nouveau tour quand une semaine plus tard, le 17 avril exactement, Rufus Isaacs acheta finalement 10 000 parts au prix de £2 chaque à son frère… Harry. Il acceptait donc de payer plus cher des parts dont il avait estimé qu’il ne s’agissait pas d’un bon placement. Mais il se fit également vendeur à son tour puisqu’il vendit 1 000 parts au Chancelier de l’Échiquier, David Llyod George, et 1 000 à Alexander William Oliphant Charles Murray, 1er baron Murray of Elibank, secrétaire parlementaire au Trésor. Cependant aucun argent n’avait été déboursé. Rufus Isaacs ne paya pas Harry Isaacs ; Llyod George et Master of Elibank ne payèrent pas Rufus Issacs. En effet, les parts de la Marconi américaine n’avaient pas encore été émises à cette date. Le 19 avril, elles furent mises en vente à £ 3,5 pour atteindre dans la journée £ 4. Ce jour-là, Rufus Isaacs en vendit 7 000 au prix de £ 3,6. Le lendemain, ce fut au tour de Lloyd George et de Master of Elibank de procéder à la mise en vente de leurs parts pour un peu plus de £ 3. Un mois plus tard, ils achètent à nouveaux 3 000 parts, mais cette fois pour un peu plus de £ 2. De la même façon, entre avril et mai, Master of Elibank achètera au nom du Parti libéral 3 000 parts.

Devant la commission d’enquête parlementaire qui se réunit plus tard, les trois hommes reconnurent chacune de ces transactions. À l’exception de la vente de parts le 19 avril par Rufus Issacs, aucune preuve de ces transactions n’existait. À aucun moment, un courtier n’était intervenu. Jusqu’au 6 janvier 1913, soit neuf mois plus tard, Rufus Isaacs n’avait toujours pas payé son frère Harry. Il le fit ce jour-là alors que l’enquête parlementaire était en cours. Il n’en restait pas moins que ces hommes avaient commis de graves irrégularités. On pouvait estimer, en effet, que l’achat d’actions d’une société avec laquelle un contrat d’État est en cours de négociation, par des membres du gouvernement et à un prix avantageux, était comme un cadeau de la part de la société en question. En outre, on pouvait juger aussi que les dits-membres du gouvernement avaient intérêt financièrement à ce que le contrat soit ratifié par le Parlement.

A suivre…
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:44

L'Affaire Marconi ? Ce nom évoquera certainement peu de choses à beaucoup de nos lecteurs. Pourtant ce scandale représente un moment important de la vie de Chesterton, et même des Chesterton, puisque son frère Cecil fut aux avant-postes pour dénoncer ceux qui profitaient de cette affaire.
Quand elle est connue, l'affaire Marconi entraîne beaucoup de jugements sommaires, d'idées fausses, d'approches tronquées. Nous avons mis plusieurs jours avant de commencer à comprendre de quoi exactement il retournait.
Nous livrons ci-dessous la première partie de notre enquête. Celle-ci doit beaucoup à Maisie Ward qui, pour sa grande biographie de Chesterton, n'a pas hésité à attaquer le sujet de front. 
Dans ce livr (Gilbert Keith Chesterton, Sheed and Ward, 1944), Maisie Ward consacre un chapitre entier à cette affaire. Elle rapporte qu’elle a lu les deux mille pages de rapport de l’enquête parlementaire consacrée à l’affaire, les six cents pages du rapport concernant Cecil Chesterton ainsi que l’ensemble des articles de presse sur ce sujet. Une grande partie de nos propos s’appuie sur son travail.

Pourquoi parler de l'Affaire Marconi ? Nous l'avons évoqué à plusieurs reprises sur ce blogue, à chaque fois comme en passant (ICI et ) et notamment récemment à propos de la compréhension de L'Auberge volante ( et ). Des lecteurs nous ont demandés des explications sur cette affaire et son lien avec G.K. Chesterton. Comme à chaque fois, nous essayons de faire un travail sérieux, recherchant les sources, vérifiant les données, essayant de rendre clair ce qui ne l'est pas toujours. Confessons-le humblement : nous ne sommes pas par certain du (bon) résultat. Nous livrons à partir d'aujourd'hui le fruit modeste de plusieurs heures de lecture et de recherche. Que les lecteurs n'hésitent pas à nous poser des questions. Elles nous aideront à mieux cerner les contours du Scandale Marconi. 

 

 L'Affaire Marconi (1)

 

 

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Pendant l’été 1912, l’Angleterre est secouée par un délit d’initiés aussitôt connu sous le nom de scandale Marconi. À vrai dire, le physicien italien Guglielmo Marconi, considéré alors comme l’inventeur de la radio (cette position sera contestée par un jugement de la Cour suprême des États-Unis qui en 1943 reconnaîtra l’antériorité des travaux de Nikola Tesla) n’a qu’un rapport indirect avec le scandale qui passera à la postérité sous son nom.

Tout commence en 1911 quand le cabinet britannique dirigé par Herbert Asquith s’accorde pour mettre sur pied une station de radio d’État en Angleterre et dans le reste de l’Empire britannique. Financièrement, l’enjeu est de taille. L’entreprise qui décrochera le contrat s’assurera obligatoirement des revenus importants et une notoriété qui vaut, à elle seule, toutes les publicités. L’homme chargé de trouver cette entreprise s’appelle Herbert Samuel, Postmaster General, c’est-à-dire ministre de la Poste. Son choix s’arrête finalement sur la « Marconi Wireless Telegraph Company » dont l’offre a été acceptée le 7 mars 1912. Un choix normal et compréhensible au regard de la position et de la notoriété de Marconi dans le monde de la radio. Seulement, l’un des dirigeants pour l’Angleterre de la « Marconi Wireless Telegraph Company » s’appelle Godfrey Isaacs, non seulement ami de Herbert Samuel mais également frère de Rufus Isaacs, Attorney General et à ce titre membre du même gouvernement.

Le contrat qui liait la « Marconi Wireless Telegraph Company » à l’État britannique stipulait qu’elle se chargeait d’établir différents relais à travers l’Empire en facturant à chaque fois 60 000 £ par station. Seulement il fallait encore que ce contrat fut entériné par le Parlement pour devenir réellement effectif. Or, c’est le 19 juillet suivant qu’il fut présenté devant la Chambre des Communes. L’affaire Marconi s’est jouée pendant les quatre mois qui séparent l’acceptation de l’offre de la compagnie le 7 mars et l’ajournement du contrat le 19 juillet 1912 par la Chambre des Communes.

Que s’est-il passé pendant ce laps de temps ?

Alors que Herbert Samuel n’a rien fait savoir officiellement de l’accord avec la « Marconi Wireless Telegraph Company », dès le 8 mars 1912 celle-ci informait ses actionnaires de la bonne nouvelle que constituait pour elle le choix du gouvernement britannique. Elle omettait cependant une information capitale : la clause 10 du contrat indiquait que le gouvernement pouvait rompre à tout moment l’accord qui le liait à la compagnie s’il trouvait un système plus intéressant.

Mais l’affaire allait surtout naître d’une autre raison. Peu après l’accord, Godfrey Isaacs se rendait aux États-Unis où il cumulait, en plus de ses responsabilités au sein de la branche anglaise de la « Marconi Company » celle de directeur de son équivalent américain. Pour faire simple, la moitié du capital (d’un montant de 1 600 000 dollars) de la compagnie américaine appartenait à la compagnie anglaise. Très entreprenant, Godfrey Isaacs acheta au nom de cette dernière les parts de la rivale de la Marconi américaine. À celle-ci, sans que l’on sache exactement le bénéfice réalisée, il revendit ces parts pour un montant de 1 400 000 dollars. La branche américaine de la « Marconi Company » se réorganisa et son capital fut porté à 10 000 000 de dollars dont deux millions étaient répartis en action de 5 dollars. Cette augmentation de capital impliquait cependant que la branche anglaise se portât garant de la branche américaine en raison de la mauvaise réputation de celle-ci. Godfrey Isaacs s’était pour sa part engagé à vendre 500 000 parts. C'est de cette vente qu'allait partir le scandale. 

A suivre…


 
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 04:36
 

Nous avons évoqué en passant (ICI) le dessinateur Oliver Herford dont l’un des dessins de Chesterton a servi d’illustration à la couverture de À bâtons rompus (ICI et ), qui vient de paraître chez l’Age d’Homme.

 

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Né anglais en 1863, décédé un an avant Chesterton (en 1935 donc), Oliver Herford est aujourd’hui encore plus connu comme illustrateur que comme poète et dramatuge, ce qu’il était aussi. Il fut même considéré comme une sorte d’Oscar Wilde Américain. Oliver Herford, qui signait le plus souvent ses dessins O Herford, a dessiné au moins deux fois G.K. Chesterton.

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Le premier de ces dessins illustre le paragraphe consacré à Chesterton dans les « Confessions of a Caricaturist » de Herford ;
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l’autre le représente la tête en bas, les pieds en l’air, ce qui illustre le point de vue chestertonien.

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Mais, en dehors de Chesterton, le talent d'
Oliver Herford mérite d'être connu. En voici un petit aperçu :

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 00:47
Image-1-copie-5.pngDe son vrai nom, Jean Blum, Jean Florence  (photo) est l'un des premiers traducteurs de Chesterton en France. Ce disciple de Bergson fut porté disparu le 6 juin 1915, lors des combats de la Première Guerre mondiale. En 1924, Jean Royère, fondateur de la revue La Phalange, préfaçait un de ses livres, publié de manière posthume. En voici un extrait :


« Je venais de fonder La Phalange... Louis de Gonzague Frick, propréteur, à Nancy, de cette revue naissante, me mit en rapports avec un étudiant qui était déjà un écrivain. Jean Blum, agrégé, bientôt docteur, ayant fait, cet été de 1906, un voyage en Italie, m'expédia de Florence un article que je publiai, le 15 septembre, sous le pseudonyme, dès lors choisi par le jeune enthousiaste, et qu'il allait illustrer parmi nous. Jean Florence venait de naître au public : il avait vingt-deux ans.

De cette époque jusqu'au 20 mars 1914, cinquante études, de lui, d'importance croissante, se succédèrent à La Phalange ; il faut y joindre un assez grand nombre d'articles, parus dans diverses revues, comme Le Mercure de France, Le Divan, Le Spectateur, Le Parthénon, Les Ecrits Français, La Voce (de Florence) etc. — Deux romans de K. G. Chesterton, Le Nommé Jeudi et Le Napoléon du Notting Hill, traduits et publiés aux éditions de La Nouvelle Revue Française et deux thèses pour le doctorat ès-lettres, consacrées à deux auteurs allemands, complètent la bibliographie de Jean Florence, né à Paris, le 21 novembre 1883, mort pour la France, au combat de Neuville Saint-Vaast, le 6 juin 1915. (Son frère, de quatre ans plus jeune que lui, membre de l'Ecole Française d'Athènes, mobilisé comme lui, fut porté disparu le 28 septembre 1914, à Montauban (Somme). Sa mort ne laisse plus malheureusement aucun doute. Les deux frères étaient fils uniques et leur père était mort, lui-même, cinq ans avant la Guerre.)

Jean Florence, un grand garçon d'une robustesse seyante et parfaitement gai, fut un littérateur non moins acharné dans le labeur d'écrire que Valery Larbaud, lequel hume avec passion sur du papier d'épreuves, l'encre d'imprimerie et s'enferme, avec la canicule, dans des bibliothèques d'Italie. Florence écrivait de jour, mais surtout de nuit, et n'éprouvait que mépris pour tels éphèbes de lettres qui estiment la nuit propice au dormir. Son œuvre est considérable — les seuls articles de La Phalange, réunis, formeraient trois forts volumes in-16. Il ne songeait guère à les recueillir, sachant que son œuvre littéraire n'était qu'une des ivresses de sa vie. Elle est, en effet, cette œuvre, l'improvisation émouvante d'une philosophie vitale dont son auteur était comme possédé. Aussi sa disparition laisse-t-elle un vide plus grand, en un sens, que celui de Charles Péguy, robuste et merveilleux artisan, et grand artiste du verbe ».

 

On trouvera davantage d'information sur Jean Florence ICI.

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 13:41

Qui l’aurait cru ? Et pourtant, Antonio Gramsci, membre fondateur du parti communiste italien, théoricien célèbre, mort quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937, lisait Chesterton. Justement, c'est dans une lettre écrite en prison, à sa belle-sœur Tania, qu'il évoque Chesterton à propos des aventures du Père Brown.

« Prison de Turi, 6 octobre 1930

(…)

Je te remercie de tout ce que tu m'as envoyé. On ne m'a pas encore remis les deux livres : la bibliographie fasciste et les contes de Chesterton que je lirai volontiers pour deux raisons. D'abord parce que j'imagine qu'ils sont aussi intéressants. que ceux de la Première série et ensuite parce que je vais essayer d'imaginer l'impression qu'ils ont dû faire sur toi. Je t'avoue qu'il y aura là, pour moi un plaisir extrême. Je nie souviens avec précision de ton état d'âme à la lecture de la première série : tu avais une heureuse disposition à recevoir les impressions les plus immédiates et les moins compliquées. Tu n'avais pas d'autre part réussi à t'apercevoir que Chesterton a écrit une très fine caricature des romans policiers proprement dits. Le Père Brown est un catholique qui se moque de la manière de penser mécanique des protestants et le livre est fondamentalement une apologie de l’Église romaine opposée à l’Église anglicane. Sherlock Holmes est le policier protestant qui trouve en parlant de l'extérieur, en se basant sur la science, sur la méthode expérimentale, sur l'induction. Le Père Brown est le prêtre catholique qui, à travers les expériences psychologiques raffinées fournies par la confession et les travaux de casuistique des pères, et cependant sans négliger la science et l'expérience, mais en se basant surtout sur la déduction et sur l'introspection, bat Sherlock Holmes à plate couture, le fait apparaître comme un petit gamin prétentieux, en montre l'étroitesse et la mesquinerie. D'autre part, Chesterton est un grand artiste alors que Conan Doyle était un médiocre écrivain malgré qu'il ait été fait baronnet à titre littéraire; il y a chez Chesterton une distinction à établir entre le contenu, l'intrigue policière et la forme, et aussi envers la matière traitée une subtile ironie qui rend les récits plus savoureux. Qu'en penses-tu ? je me souviens que tu lisais ces contes comme s'il s'était agi de faits réels et que tu les faisais tiens au point d'en arriver à exprimer ton admiration pour le Père Brown et sa merveilleuse finesse avec une ingénuité qui me divertissait beaucoup. Ne te formalise pas de cela, car, dans mon plaisir, il y avait une pointe d'envie pour ta capacité à recevoir des impressions fraîches et pures.

Je t'embrasse affectueusement.

ANTOINE »

 

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 09:26


 

 














 

Un jeune avocat nommé Gandhi.


Apparemment, rien ne rapproche les deux hommes, l’un écrivain catholique anglais et l’autre grande figure nationale et spirituelle de l’Inde. Mais les apparences sont trompeuses. Sous l’écorce qui s’impose d’abord, on peut trouver entre les deux hommes quelques rapprochements à faire.

Certes, ce n’est pas le physique qui relie l’un et l’autre Chesterton et Gandhi, le bon vivant et l’ascète. Ni la religion, ni la nationalité, ni la culture. L’époque ? Oui, d’une certaine manière. L’époque et une certaine conception politique partagée d’un côté comme de l’autre.

Dans un livre consacré à Gandhi (Gandhi: Voice of a New Age Revolution, Axios Press) Martin Green affirme que Chesterton a influencé Gandhi dans sa recherche d’une voie pour l’indépendance indienne.

Il confirme ainsi les propos plus anciens de Philip Nicholas Furbank qui affirmait, dans Chesterton the Edwardian (in G.K. Chesterton: A Centenary Appraisal, John Sullivan, ed., Harper and Row, 1974) que les idées de Chesterton étaient en partie à l’origine du livre de Gandhi  Hind Swaraj. Dans le même livre, Furbank allait jusqu’à déclarer que Gandhi avait été « abasourdi » en lisant un article de Chesterton paru dans The Illustrated London News du 18 septembre 1909. De son côté Geoffrey Ashe avait également signalé la même histoire dans son livre consacré à Ghandi ((Stein & Day, NY, p. 137-138, 1968) et il l’a redit dans un ouvrage plus récent, The Offbeat Radicals (London, Metheun, 2007).

Gandhi a, en effet, lu la chronique de Chesterton du 18 septembre 1909 parue dans The Illustrated London News. Consacrée au nationalisme indien, cette chronique lui reproche non d’être indien ou nationaliste, mais d’être trop imbu de l’esprit moderne et notamment d’Herbert Spencer. D’où la question de Chesterton : quelle est la force de l’esprit national indien s’il ne peut pas protéger les Indiens contre les idées de Spencer ?

Dans le New York Times du 21 mai 1916, Chesterton reviendra sur la question en affirmant, à l’encontre de la pensée de la majorité des Britanniques d’alors, que l’Inde doit appartenir aux Indiens. L’écrivain répondait aux questions de Herendranath Maitra, auteur de « Hinduism, the World Ideal » et responsable du périodique « A Voice from India ».

Les influences sur Gandhi dépassent largement Chesterton. Le dirigeant Indien a subi l’influence de John Ruskin, de Tolstoï, de Thoreau, d’Emerson et de bien d’autres encore. Il a néanmoins témoigné lui-même de sa proximité avec Chesterton dans son combat contre la civilisation moderne et contre le fait que l’élite indienne se laissait trop souvent séduire par celle-ci. Par deux fois au moins, Gandhi a évoqué publiquement Chesterton dans Indian Opinion, un journal hebdomadaire. Dans l’édition du 22 janvier 1910 du Indian Opinion, Gandhi dit son accord explicite avec Chesterton dans l’analyse de celui-ci (parue dans The Daily News du 22 octobre 1909) dans lequel l’écrivain dit son admiration pour l’ère médiévale.

Mais c’est dans un article précédent de Gandhi (Indian Opinion du 8 janvier 1910) que celui-ci indique clairement sa proximité de pensée avec GKC. Son article commence ainsi :

« M. G.K. Chesterton est l'un des grands auteurs actuels. C’est un Anglais d'une trempe libérale. Son talent d’écrivain fait que ses articles sont lus par des millions de personnes avec une grande avidité. Dans The Illustrated London News du 18 septembre, il a écrit un article consacré au Réveil indien, qui mérite d’être lu. Je crois aussi que ce qu'il a écrit est juste ».  Dans cet article déjà évoqué plus haut, Chesterton indique que « la première difficulté, c’est que le nationalisme indien n’est pas national ». Une leçon reçue avec enthousiasme par Ghandi qui invite les Indiens à réfléchir sérieusement aux propos de Chesterton et de s’interroger sur leur fidélité aux traditions de leur pays.

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 16:11

Fin de la reproduction partielle commencée ici  d’un article de François Le Gris, publié en février 1920 dans La Revue hebdomadaire, et consacré à la traduction en langue française et à sa parution, de The Innocence of Father Brown, (traduction française : La Clairvoyance du père Brown, éditions Perrin). Ce livre est disponible dans le volume Les Enquêtes du Père Brown (Omnibus, 1203 pages) ou dans le volume L'Innocence du père Brown (Ombres, 320 pages).





« Aussi sommes-nous tentés de préférer ici, non pas ce qu'il y a de plus spécifiquement anglais, cette combinaison de Wilde et de Conan Doyle, mais ce qu'il y a de plus spécifiquement « Chesterton », qui est en même temps ce qu'il y a de plus large, de plus humain, de plus surnaturel ensemble, et qui passe de bien loin l'invention romanesque : cette confrontation incessante du visible et de l'invisible, ce regard intérieur qui perce les plus humbles apparences pour en dégager le mystère. Écoutez le P. Brown s'exprimer sur l'art oriental, parce que ses yeux se sont posés sur un tapis, sur un poignard recourbé : « Cet art est abstraitement mauvais. Les couleurs en sont enivrantes, délicieuses, mais les formes en sont viles, perverses, — intentionnellement. J'ai vu des choses abominables sur les tapis turcs. Ce sont des lettres, des symboles que j'ignore; mais je sais qu'ils expriment des paroles néfastes. Ne voyez-vous pas que la forme de ce couteau est mauvaise ? qu'il ne peut avoir aucun but simple et franc ? Il ne pointe pas comme une lance. Il ne fauche pas comme une faux. Il a l'air d'un instrument de torture. » Et voici, sur la brutalité française, des sévérités un peu inattendues : « En y regardant de plus près, O'Brien s'aperçut que c'était la première page d'un journal nationaliste, la Guillotine, qui publiait, chaque semaine, l'image d'un de ses adversaires politiques, les yeux révulsés et les traits contractés par les derniers spasmes de la vie, après son exécution. Sa gorge se souleva devant cet exemple de brutalité intellectuelle qui n'appartient qu'à la France. Ce n'était pas le premier qu'il rencontrait dans Paris. Il avait vu les sculptures grotesques de ses églises gothiques, et les grossières caricatures de ses journaux illustrés. Il se souvint des forces formidables inventées par la révolution. La ville entière lui apparut comme la manifestation d'une horrible énergie, depuis le croquis sanglant jeté sur la table de Valentin, jusqu'au sommet de la tour où, par-dessus une forêt de gargouilles, le grand diable de pierre ricane sur Notre-Dame. » N'allons pas, là-dessus, prêter à Chesterton des répugnances pour notre pays. Nul Anglais ne l'a plus passionnément exalté et défendu dès avant la guerre. Mais il est de ceux qui disent, à tort et à travers, leurs vérités, ou ce qu'ils croient être des vérités, à tout le monde, et surtout à ceux qu'ils aiment. Et puis, n'oublions pas que Chesterton a toujours réclamé avec une énergie sauvage le droit de se contredire. Catholique par choix, puisque converti, mais libéral-radical impénitent, farouche adversaire du socialisme d'État, mais bienfaiteur et collaborateur de maintes feuilles révolutionnaires, théoricien de la reconstitution d'une chrétienté européenne ou même plus largement internationale, mais nationaliste ardent, teinté d'antisémitisme, ascète, mais débordant de santé, sophiste mais apôtre, laissons-le prétendre à l'unité. Je n'ai voulu aujourd'hui, je le répète, regarder ce brave géant chevelu, joufflu, poupin, bougon, hilare, que d'un peu loin, à travers les besicles du P. Brown. Dieu me garde de toute opinion préconçue ; mais je ne puis m'empêcher, en le voyant gesticuler, de songer à ces excentriques de music-hall dont le talent d'acrobates se double d'une vertu comique irrésistible : des contorsions impayables parmi les plus exactes voltiges ; le dernier mot de la mathématique et de la fantaisie ; et puis, soudain, ils lâchent le trapèze. Mais, tandis que l'acrobate s'aplatit sur klematelas de sable (…), Chesterton s'envole, traverse le toit du cirque et reste accroché à une étoile.

François Le GRIX. »
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 00:52




Nous avons déjà à plusieurs reprises (par exemples ICI, , , ou et ) les adaptations cinématographiques des aventures de Father Brown au cinéma. Nous avons même récemment parlé de la courte carrière cinématographique de Chesterton lui-même (ICI, , et ). Un mot juste, pour les passionnés de cinéma et de Chesterton, sur la toute première adaptation de Father Brown.

Le film date de 1934 ou 1935. D’une durée de 67 minutes, il rassemble au générique Walter Connolly dans le rôle de Father Brown, Paul Lukas dans celui de Flambeau et Robert Loraine dans le rôle du commissaire Valentin.

Réalisé par la Paramount, le film met aussi en scène comme principal rôle féminin, Gertrude Michael. Le film a été réalisé par Edward Sedgwick (qui a tourné plusieurs Laurel et Hardy et Buster Keaton) et il est diffusé sous le titre : « Father Brown, Detective ».

Chesterton aurait vu le film et l’aurait apprécié. Il se serait inspiré de quelques détails pour écrire une des dernières histoires du Father Brown : « The Vampire of the Village ». Cette histoire paraît en août 1936 dans Strand Magazine et elle n’est donc pas publié au sein de l’un des quatre recueils des histoires du father Brown. C’est un texte posthume puisque l’auteur est décédé en juin 1936. On en trouvera une traduction française dans le volume Omnibus.

Ci-dessous, une scène du film, avec l'imposant
Walter Connolly :


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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 01:30

 

Dans son Autobiographie, Chesterton mentionne que la scène décrite dans notre précédent message (cf. ICI) s’est déroulée quelques jours avant l’envoi d’un ultimatum par le gouvernement de Vienne à la Serbie. L’ultimatum date du 23 juillet 1914 et c’est donc pendant ce mois de juillet que s’est déroulé ce dîner si particulier et fantasque.

 

 

 

Mais le fameux film dans lequel tournent G.K. Chesterton et G.B. Shaw ? À ce jour, aucune copie, pas plus que la version d’origine n’ont été retrouvées.  Précisons qu'il s'agit d'un film muet, d'une durée de 10 mn environ. Le film a pourtant été diffusé, au moins une fois, d’après un article paru The New York Times daté du 10 juin 1916. Le film est diffusé la veille dans le cadre d’une matinée de charité au profit des blessés de guerre. L’article donne le nom du film, “How Men Love” et le total de la recette : $ 15 000. S’il ne reste à ce jour aucune trace du film, une photo montre les quatre acteurs en tenue de cowboys, entourant J.M. Barrie :

 

 

De gauche à droite : Lord Howard de Walden, William Arche, J.M. Barrie, G.K. Chesterton et G.B. Shaw.

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 00:39



Résumé de deux premiers épisodes : après avoir été convié par George Bernard Shaw a participé à une expérience cinématographique organisée par J.M Barrie, Chesterton s’est rendu dans un terrain vague de l’Essex pour jouer son rôle avant de se rendre à un dîner amical au Savoy. C’est ce qu’il nous raconte maintenant.

« Je me rendais au souper au “Savoy” avec le sentiment que Barrie et Barker y expliqueraient dans un groupe restreint une partie au moins de leur thème. Au lieu de cela, je trouvai la scène du théâtre Savoy bourrée de presque tout ce que Londres compte de notabilités, comme disent les journaux mondains quand ils veulent parler des gens du monde. Depuis M. Asquith, le premier ministre, jusqu’au plus jaune et au plus obscur attaché oriental, tout le monde était là, dînant par petites tables, et parlant de tout, sauf de l’affaire qui nous occupait le plus. Tout le monde était là, excepté Sir James Barrie, qui, en cette occasion, se fit presque complètement invisible. Vers la fin du repas, Sir Edward Elgar fit distraitement remarquer à ma femme : “Vous savez ? On vous filme sans interruption. Je suppose que vous êtes au courant ?”

De ce que je sais de la personne à qui il parlait, il est peu probable qu’elle fut en train, à ce moment-là, de brandir une bouteille de champagne, ou d’attirer l’attention générale de quelques manière analogue ; mais d’autres convives se jetaient des boulettes de pain, et témoignaient d’un grand détachement des soucis de l’État.

Les quatre personnages qui étaient à l’origine de l’affaire, ceux que la destinée avait choisis pour mener la vie des ranches du Wild West, reçurent ensuite les instructions particulières qui donnèrent lieu au spectacle public qui suivit. La scène fut évacuée et l’auditoire dirigé vers l’auditorium, où Bernard Shaw les harangua d’un speech furieux, agrémenté de gestes sauvages, dénonçant Barker et Barrie, et finalement tirant du fourreau une énorme épée. À ce signal, les trois autres (c’était nous), se levèrent, brandissant aussi des épées, montèrent à l’assaut de la scène, et sortirent par le décor. Et là, (les uns comme les autres), nous sortons pour toujours du récit de l’affaire en même temps que d’une compréhension accessible au commun des mortels. Car jamais, depuis ce jour-là jusqu’au jour où nous sommes, la plus faible lumière n’a été jeté sur les raisons de notre singulière conduite. J’ai parfois surpris, d’une manière accidentelle, vague et circulaire, certaines hypothèses d’après quoi nous avions symboliquement figuré notre disparition de la vie réelle et notre capture par le monde de l’aventure cinématographique ; pendant tout le reste de la pièce nous avions été engagés dans un effort pour retrouver la voie de notre retour à la réalité. Fut-ce là l’idée de l’affaire ? Je ne l’ai jamais su d’une façon certaine. Je sais seulement que je reçus immédiatement après, un mot d’excuses, très amical de Sir James Barrie, disant que tout le programme avait été abandonné. (…) Si vraiment les cow-boys que nous fûmes avaient été chargés de représenter l’effort de la fantaisie pour retrouver le chemin de la réalité, on peut bien dire qu’ils ne manquèrent pas leur but. »

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