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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 00:07
Henri Massis reprendra une grande partie de son introduction, que nous publions en plusieurs parties, pour former le chapitre consacré à Chesterton dans son livre De l'homme à Dieu (NEL, collection Itinéraires) paru en 1959. Preuve qu'il n'avait pas changé d'avis sur Chesterton.


Parce qu’il a devant lui des écrivains, des artistes, des poètes, des inventeurs de fables et de figures, certains seraient tentés de ne croire qu’à un jeu d’escrime. Mais Chesterton met l’art, la poésie, le roman, parmi les choses grandes et qui ne sauraient, sans déchoir, éluder ce qui fait leur grandeur. Demander à un artiste quelle est sa philosophie, exiger qu’il en ait une, n’est-ce pas la plus noble façon d’honorer son art et sa personne ? Ce serait singulièrement mépriser un auteur que de traiter sans sérieux ce qu’il nous donne comme le fruit de sa méditation, le trésor de son âme. Priver une œuvre de ses conséquences, c’est frustrer un écrivain de son acte, c’est se conduire à son endroit de manière humiliante. Comment croire, sans lui faire injure, qu’un homme qui publie des livres veuille être pris pour quelqu’un qui n’a rien à nous dire ? La gratuité de l’art n’est tout de même pas si gratuite qu’elle rabaisse l’artiste au rôle de chien savant, et il serait suprêmement discourtois de lui faire le succès qu’on accorde à ces animaux bien dressés. Quand nous disons d’un auteur que nous l’aimons ou que nous le détestons pour les idées qu’il exprime, nous donnons de notre sentiment la plus digne des raisons et nous lui apportons le plus nobles des témoignages ; car s’il nous a convaincu, ce ne peut être que pour ses convictions ; si nous le rejetons, ce ne peut être que pour les nôtres et parce que nous les trouvons meilleures : du même coup, nous avons le droit et le devoir de combattre les siennes. Tel est le code de l’honneur intellectuel que pratique Chesterton : il entre en lice avec ses idéaux, ses croyances, ses buts, enivré de les sentir solides, joyeux de les affirmer, avec force, de mettre à mal ceux qui le contredisent, car il lui a suffi qu’ils eussent l’impudence de soutenir une philosophie contraire à la sienne pour qu’il flairât en eux l’hérésiarque.
Au siècle de l’art pour l’art, tant de bon sens et de raison devait passer pour une attitude étrangement paradoxale. Mais Chesterton ne méprise rien tant qu’un pur paradoxe, une défense ingénieuse de ce qui est indéfendable. Disons plutôt que sa nouveauté consistait à revenir, par un sûr instinct, aux « méthodes doctrinales du treizième siècle, dans l’espoir d’aboutir à quelque chose ». Ce quelque chose, ce fut Orthodoxie. En s’imaginant qu’il était seul debout, face à l’adversaire, il était, en réalité, soutenu par toute la chrétienté, l’arme qu’il croyait être la sienne ne lui appartenait même pas ; les coups décisifs que portait cette arme enchantée, il lui fallut bien reconnaître qu’il ne devait à son audacieuse personnalité que de les donner trop souvent à tort et à travers. Et, lorsqu’au terme du combat on exige qu’il nomme sa philosophie, force lui est de répondre avec une humble déconvenue : « Je ne l’appellerai pas ma philosophie, car je ne l’ai pas faite. Dieu et l’humanité l’ont faite et elle m’a fait moi-même ». Les aventures extraordinaires de G.K. Chesterton à la poursuite de l’évidence, voilà Orthodoxie.
« Je confesse librement, dit-il, toutes les ambitions idiotes du dix-neuvième siècle. J’ai essayé, comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être en avance sur mon époque. Comme eux, j’ai essayé d’être de quelque dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus risible, car j’ai gardé mes vérités, mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités, mais qu’elles n’étaient pas miennes… Il se peut, le ciel me pardonne, que j’aie essayé d’être original, mais je n’ai pas réussi qu’à inventer par mes propres moyens une copie inférieure des traditions existantes de la religion civilisée… Je m’ingéniais à trouver une hérésie originale et, quand j’y eux mis les derniers soins, j’ai découvert que c’était l’orthodoxie. »

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 01:02
Suite de la longue introduction d'Henri Massis à l'édition française d'Hérétiques.



Ce serait, en fait, se méprendre,car dans l’ordre du temps, comme dans l’ordre de la pensée, Hérétiques a précédé Orthodoxie. Rien de plus révélateur de la démarche et du rythme d’un tel esprit. Faire table rase d’abord, construire ensuite ; vaincre avant de légiférer, voilà toute la méthode de Chesterton. Méthode inductive et concrète qui ne quitte jamais la ligne du réel ; alors même qu’il voyage au pays des fées, qu’il semble folâtrer parmi les lutins, qu’il s’égare dans un club anarchiste ou dans un temple de Babylone, il est à la recherche d’une éthique humaine, d’une humble vérité qui nous serve à mieux vivre. Aussi la reconnaissance et l’investissement des positions « hérétiques » devaient devancer son adhésion à l’« orthodoxie ». C’est à redresser avec une violence allègre les gens qui pensent de travers qu’il s’est avisé de la façon de penser droit ; c’est en renversant les idoles  du subjectivisme et du déterminisme, de l’anarchie et de la tyrannie, c’est en dirigeant ses coups contre l’humanitarisme sentimental et le culte inhumain du Surhomme qu’il s’est avisé de la trempe de l’arme qu’il tenait en main et qu’il avait saisie, il le reconnaît lui-même, quelque peu à l’improviste.
Qu’était G.K. Chesterton lorsqu’il engagea ainsi le fer contre les plus notoires de ses contemporains, les Wells, les Bernard Shaw, les Kipling ? C’était un homme de gauche, dirions-nous. Journaliste et critique aux libérales Daily news, libéral lui-même, indépendant par goût, polémiste par vocation, poète et artiste, de surcroît. Doué d’une intuition merveilleuse, d’une étonnante jeunesse de regard, il découvre partout dans la riche substance de la réalité ces accords admirables, ces correspondances mystérieusement apparentées qui nous relient au monde et que nous ne savons plus reconnaître. Bien décidé à jeter bas le mur maussade qui cache la splendeur de l’univers créé, il s’est fait tout de suite une belle réputation d’anarchiste et de démolisseur…
Le voilà qui se lance soudain dans une nouvelle bataille et se porte avec fougue contre tout ce qui lui paraît malsain, excessif, insincère, contre les superstitions du commun et contre le snobisme des happy few, contre tout ce qui irrite son sens inné du naturel et de l’humain, car il aime la vie, il aime l’homme, il aime la création, d’un amour qui ne les sépare pas et où il puise, comme un vin fort, son énergie et son audace. Dès l’abord, il combat pour le plaisir, par une sorte d’exubérance, de plénitude, de joie de vivre : il s’amuse et amuse le spectateur qui ne sait pas où il va. Le sait-il davantage lui-même ? Mais, au fort de l’engagement, il s’aperçoit que, pour toucher si juste et si souvent, sa virtuosité dialectique n’a pas dû lui suffire : la qualité de l’arme qu’il manie ne laisse pas de l’étonner. Un instrument de combat qui sert tout ensemble à confondre Wells et Kipling, Nietzsche et Shaw, l’athée et le puritain, le socialiste et le jingoïste, n’a-t-il pas quelque chose d’enchanté ? Et peu à peu l’on sent s’affermir la confiance de l’escrimeur, plus sûr de sa lame que de sa propre science.
Il va désormais plus avant, il pousse au centre de toutes les contradictions, cherchant à atteindre l’essentiel sous la circonstance, l’éternel sous le transitoire, bien décidé à ne se contenter de rien, si ce n’est de tout. Que veut-il et quelle passion le mène ? Sous son allure paradoxale, et alors qu’il semble tracer en l’air de surprenantes arabesques, on lui découvre une étrange gravité. Que demande-t-il à l’adversaire en le saluant ainsi de son arme ? Qu’il engage, dans le défi, sa foi, ses idéaux, sa conception de l’univers. Il ne lui permet pas d’échappatoire, il ne lui cède pas un pouce de terrain ; il vise droit à la tête et au cœur, car il s’agit d’un duel où la valeur ultime de la vie humaine est en cause ; et, par là, il manifeste l’importance et la dignité du combat.

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 00:44
Henri Massis est aujourd'hui un auteur oublié bien qu'il eut une influence importante dans les milieux catholiques, entre les deux guerres, et même jusqu'à sa mort en 1970. Proche de Péguy et de Maritain (dont il se séparera à propos de l'Action française), directeur de La Revue universelle avec Jacques Bainville, Henri Massis a publié une quarantaine d'ouvrages, littéraires, religieux, historiques et politiques (liste complète ICI). Élu à l'Académie française en 1960, il a droit à une notice officielle de la vénérable institution dans laquelle on peut lire cette présentation rapide d'une vie :
"Né à Paris, le 21 mars 1886.
Après des études au lycée Condorcet, où il fut l’élève d’Alain, puis à la Sorbonne et au collège de France, où il suivit les cours de Bergson, Henri Massis obtint en 1908 sa licence de philosophie.
Reçu chez Anatole France et Maurice Barrès, il devait faire une entrée précoce dans le monde des lettres en publiant à 19 ans son premier ouvrage :
Comment Émile Zola composait ses romans. Devaient suivre en 1907 Le Puits de Pyrrhon, et en 1909 La Pensée de Maurice Barrès. Voué à la littérature et au journalisme, il collabora à L’Opinion, où il publiait, avant la Grande Guerre, avec Alfred de Tarde, et sous le pseudonyme d’Agathon, deux enquêtes d’un grand retentissement : « L’Esprit de la nouvelle Sorbonne » et « Les Jeunes Gens d’aujourd’hui » où se trouvait brossé le portrait de la nouvelle génération nationaliste dont il faisait partie.
Durant la guerre, il servit dans les chasseurs à pied, avant d’être détaché à la mission navale en Grèce, puis en Syrie.
Rédacteur en chef (1920-1936), puis directeur (1936-1944) de
La Revue universelle, qu’il avait fondée avec Jacques Bainville, il s’éloigna de Bergson, dont il se considérait disciple, pour se rapprocher de Maurras, dont il devint dans l’entre-deux-guerres un compagnon de route, adhérant au « nationalisme intégral », sans toutefois jamais écrire dans L’Action française.
Engagé aux côtés des intellectuels de droite, Henri Massis fut l’un des principaux rédacteurs du
« Manifeste des intellectuels français pour la défense de l’Occident et la paix en Europe », publié en octobre 1935 en soutien à la politique d’expansion mussolinienne. Il se rallia, après la défaite de 40, au maréchal Pétain, et occupa un temps un poste de chargé de mission au secrétariat général de la Jeunesse. Son anticollaborationnisme certain lui valut cependant, après un mois d’internement administratif à la Libération, de ne pas être autrement inquiété.
Ses essais et études sur Romain Rolland, Renan, France, Barrès, Psichari, Proust, Lyautey, Maurras, ses entretiens avec Mussolini, Salazar, Franco, ses écrits politiques, dont Défense de l’Occident, fut le plus célèbre, composent une œuvre nombreuse.
Après un échec au fauteuil Madelin contre Robert Kemp en 1956, Henri Massis fut élu à l’Académie française le 19 mai 1960, au fauteuil de Mgr Grente. Il fut reçu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la coupole étant alors en réfection, le 3 juin 1961, par le duc de Lévis Mirepoix.
Mort le 16 avril 1970."


Henri Massis signa donc une longue introduction à Hérétiques qui paraissait enfin en langue française en 1930. On remarquera qu'il y parle surtout… d'Orthodoxie. Nous en publions ci-dessous la première partie :

Jamais le vieil adage qui assure que les livres ont leurs destins ne s’est mieux appliqué qu’aux traductions françaises des ouvrages de G.K. Chesterton. La plus paradoxale fantaisie semble avoir réglé le cours de leur publication : rien de plus déroutant que la successive découverte qui nous en a été faite, rien de plus illogique aussi, même au point de vue de cette logique chestertonienne qui consiste à prendre les choses à l’envers pour montrer que c’est le bon côté. Non, il ne s’agit en l’occurrence que du hasard et de ses caprices ; car, depuis l’étude de M. André Chevrillon qui nous révéla le nom même de Chesterton, il y a plus de 20 ans, le soin de le traduire a été laissé à l’initiative toute fortuite des uns et des autres. L’admirable essai sur Dickens, édité pour la première fois en 1907, passa presque inaperçu. Paul Claudel, un des premiers fervents de G.K. Chesterton, dut renoncer à poursuivre la version d’Orthodoxie, dont il publia un magnifique fragment en 1910, et ce n’est qu’en 1923 que Charles Grolleau nous donna le texte intégral de ce grand livre. À la vérité, c’est par des romans comme Le Nommé Jeudi (1909), Le Napoléon de Notting Hill (1911), puis La Clairvoyance du Père Brown, la Sphère et la Croix que le public français a pris, dès l’abord, contact avec Chesterton. Quoi de plus déconcertant que de tels livres quand on ignore la conception du monde qu’ils illustrent, la philosophie où s’alimentent ce fol humour et cette extravagante poésie ? On dut attendre longtemps encore pour avoir un exposé de l'apologétique chestertonienne; mais les larges extraits que le P. de Tonquédec y donnait d'Hérétiques et d'Orthodoxie, ces deux pièces maîtresses de l’œuvre de Chesterton, ne pouvaient suppléer aux traductions qui continuaient à nous manquer. Orthodoxie parut enfin et voici qu’Hérétiques va lui succéder, à plusieurs années de distance, après la Nouvelle Jérusalem, après Saint François d’Assise, après L’Homme éternel, c’est-à-dire après des ouvrages bien postérieurs et qui témoignaient de la récente conversion de l’écrivain anglais au catholicisme romain. Comment s’y reconnaître ? À tout le moins le lecteur français qui chercherait à recomposer la démarche de la pensée de Chesterton, à retracer son itinéraire spirituel, d’après l’ordre où ses traductions ont vu le jour, risquerait de s’égarer fâcheusement.
Hérétiques, pourrait-il penser, n’est-ce pas la suite nécessaire d’Orthodoxie ? Après avoir établi les fondements de sa doctrine, exposé ses raisons de croire, l’auteur a senti le besoin de mettre ses idées à l’épreuve de l’expérience, en les affrontant à celles de ses adversaires. Pour un polémiste de son espèce et qui possède une métaphysique à qui il peut tout rapporter, quel incomparable instrument de combat ne devait-elle pas lui fournir !



(À suivre)
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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 12:19
Voici plusieurs jours que nous avons alimenté ce blogue consacré à Chesterton. Nous vous prions de nous en excuser. Cette fin d'année est particulièrement chargée et, d'ici début juillet, nous aurons encore un peu de retard. Même chose pour la "Lettre d'annonce" réservée aux abonnés. Promis, nous ne vous oublions pas. D'ailleurs, il faut se réjouir car l'actualité chestertonienne ne s'arrête pas et nous aurons l'occasion de vous tenir au courant.
Nous en profitons aujourd'hui pour proposer la reproduction photographique de La Croix bleue, lors de sa parution dans le Saturday Evening Post. On remarquera dans la première image que l'histoire s'intitule alors, non pas The Blue cross, mais Valentin Follows a Curious Trail. Les dessins sont de George Gibbs et restituent très bien l'atmosphère de cette histoire et, notamment, la physionomie de Father Brown.




























































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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 12:46
vous auriez reçu, dans son intégralité, le texte dont nous publions ci-dessous un extrait. Une petite page historique sur le voyage de Chesterton aux États-Unis en 1930. Merci à Daniel Hamiche pour sa collaboration active et efficace.


Le texte qu’on va découvrir en partie ci-dessous, traduit pour la première fois en français, est extrait du chapitre XXIX de l’ouvrage Notre Dame : One Hundred Years, du P. Arthur J. Hope, C.S.C. (1896-1971), qui passa l’essentiel de son existence entre les murs de la University of Notre Dame (Indiana) où il enseigna notamment la philosophie de 1927 à 1931 puis de 1934 à 1939. L’ouvrage connut une première édition en 1943 (elle marquait le centenaire de l’institution fondée en 1842 par le P. Édouard Sorin, un Français membre de la Congrégation de la Sainte Croix) puis une seconde en 1948. Le chapitre XXIX de l’ouvrage couvre l’histoire de l’Université pour les années 1929 à 1934.



« Le groupe Chesterton arriva à Notre Dame dans la soirée du [samedi] 4 octobre 1930. La série de conférences commença le lundi [6] suivant. Le vendredi 10, dans la soirée, le stade [1] fut officiellement inauguré. L’équipe de la Navy était venue pour le match d’inauguration, et le P. O’Donnel avait fort à s’occuper avec elle. Il avait dit à Johnny Mangan, le chauffeur de l’Université, de s’occuper des Chesterton, de veiller à ce qu’ils puissent pénétrer dans le stade et que M. Chesterton ait bien un siège sur l’estrade où seraient prononcés les discours. L’assistance était d’au moins 20 000 personnes, et quand les étudiants virent la formidable corpulence de Chesterton s’avançant vers l’estrade ils se mirent à l’ovationner frénétiquement : « Ça c’est un homme ! Mais quel homme ! Ça c’est un gars de Notre Dame ! ». Chesterton, inquiet, apostropha Mangan : « Je crois qu’ils sont en colère ! ». « En colère ?, s’exclama Mangan, doux Jésus, mais ils sont en train de vous acclamer ! ». D’où un accès de rire et de crachouillis qui saisit Chesterton à un point tel qu’il faillit s’en étouffer.
Cet automne était déchaîné, plongé dans l’excitation née de la présence d’une autre équipe du championnat et de la visite de Chesterton, le campus traversait une période difficile pour sa dignité. Les étudiants affrontaient une belle désorganisation mais pleine de réjouissance. Et puis il y avait cet homme, de près de trois cents livres, qui, réfléchissant à quelques savoureux apartés, commençait à glousser ce qui faisait se tordre de rire l’assistance avant même d’avoir commencé à dire ce qu’il avait à dire, la mettant en état de constante bonne humeur. La moindre des surprises n’était pas que de cette montagne musculeuse et au large sourire, ne sortait qu’un mince filet de voix. L’écouter exigeait un effort constant mais cet effort était largement récompensé. Quand il revint de quelques jours passés au Canada (c’était à l’époque de la Prohibition), il s’excusa de n’avoir pas eu une voix en meilleur état. Il évoqua plus tard ses conférences de manière très désolée, disant qu’elles avaient été « infligées à des gens qui ne m’avaient jamais fait aucun mal (…). Un effort aussi douloureux qu’atroce de demeurer honnête quant à la controverse sur l’évolution lorsqu’on s’adresse aux étudiants de Notre Dame (…) dont rien n’a été conservé sinon qu’un étudiant coucha au milieu d’une page de son carnet immaculé la phrase : “Darwin fit beaucoup de mal” » [2].
Les étudiants aimaient à se rassembler à la porte ouest du Washington Hall avant la conférence, rien que pour voir Chesterton s’extirper de la limousine de Johnny Mangan. C’était une opération qui n’exigeait pas peu de temps et d’efforts. La porte s’ouvrait et l’énorme masse d’une large cape en tissu commençait à frétiller puis opérait des mouvements de va-et-vient à la porte de la voiture. Le silence était à couper au couteau pendant de longs moments, après quoi il n’était rien moins que surprenant d’entendre une ovation comme celle qui salue le lancement réussi d’un navire de guerre. Un soir, le P. O’Donnell invita tout le corps enseignant à rencontrer les Chesterton lors d’un dîner-buffet. Chesterton était assis là, berçant sur ses vastes genoux la fragile tasse à thé dans sa soucoupe – des genoux si vastes qu’on aurait pu y faire tenir les sept plats d’un banquet –, et manifestant sa politesse aux petits groupes qui l’approchaient.
Quand la série de conférences fut achevée, les enseignants et les étudiants furent convoqués à une réunion spéciale dans l’après-midi du 5 novembre 1930, en l’honneur de Chesterton pour lui conférer un doctorat [honoris causa] de droit. Après la citation à l’ordre du jour qui fut lue par le P. [Earl Thomas] Carrico [3], le P. O’Donnell pria Chesterton de dire quelques mots. Entre autres choses, le nouveau docteur déclara :
«
Je me souviens de mon premier débarquement (…) Tout me semblait extraordinairement étranger, bien que je découvrisse très vite quel peuple généreux forment les Américains. Je n’ai pas ressenti du tout cela quand je suis revenu en Amérique pour la seconde fois. Si vous voulez savoir pourquoi mon sentiment fut différent, c’est en raison du nom de votre Université. Ce nom se suffit à lui-même pour ce qui me concerne. Et peu importe qu’il fut situé sur les montagne de la lune. Partout où elle a élevé ses piliers, les hommes sont chez eux, et je savais bien que je n’y trouverais pas d’étrangers » [4] ».


*


[1] Ce stade de football américain remplaça l’ancien Terrain Cartier inauguré en 1889 et qui pouvait recevoir 30 000 spectateurs. Il fut inauguré le 10 octobre selon le P. Arthur J. Hope, C.S.C., ou le 11 suivant d’autres sources, par un match entre l’équipe des Fighting Irish Football de Notre-Dame et celle de la Navy. En vérité, un premier match s’était déjà déroulé sur ce terrain flambant neuf le 4 octobre précédent, qui opposa l’équipe de Notre Dame à celle de la Southern Baptist University, la première écrasant la seconde par 24 à 14. Dans sa configuration de l’époque, le stade pouvait recevoir 54 000 spectateurs assis.
[2] Citation tirée de The Autobiography of G. K. Chesterton, Sheed and Ward, New York, 1936, p. 233.
[3] Né en 1898 et décédé en 1977, il était enseignant à Notre Dame, mais on ignore son statut exact.
[4]  Ces remarques ont été reproduites dans le Notre Dame Alumnus (organe des anciens étudiants de l’Université) IX (1930-1931), p. 108.







Reproduction interdite sans autorisation. Merci de votre compréhension.
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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:17
Nous avons publié récemment un lien vers une des traductions françaises du Saint Thomas d'Aquin de Chesterton. Il faut signaler aussi qu'il en existe une autre, celle d'Antoine Barrois, paru aux éditions DMM en 1977. Cette traduction est toujours disponible, sous le titre de Saint Thomas du Créateur.
L'original en anglais a une histoire qui mérite que nous en disions quelques mots. Il est dédié  à Miss Dorothy E. Collins, la secrétaire de Chesterton. Ce n'est pas sans raison.
Elle a raconté que Chesterton a d'abord écrit d'un trait la première moitié de l'ouvrage. Plus exactement, selon son habitude, il l'a dictée à sa secrétaire. Puis il s'est arrêté et il a alors dit à Dorothy Collins :
– Je veux que vous alliez à Londres m'acheter des livres.
– Quels livres ?, a alors demandé la dévouée secrétaire.
– Je ne sais pas ! a répondu Chesterton.

De ce fait, il a écrit à Mgr O'Connor pour lui demander une liste des ouvrages les plus importants concernant saint Thomas d'Aquin. Une fois en sa possession, Chesterton a lu ces livres et a recommencé à dicter la fin de l'ouvrage.


Voici ce qu'en disait l'éminent historien de philosophie médiévale,
Étienne Gilson, de l'Académie française:

« Je le considère [Saint Thomas d'Aquin par Chesterton] comme étant,sans comparaison possible, le meilleur livre jamais écrit sur saint Thomas. Rien de moins que le génie peut rendre compte d'un tel accomplissement. Tout le monde admettra sans aucun doute qu'il s'agit d'un livre "brillant", mais peu de lecteurs qui ont passé vingt ou trente années à étudier saint Thomas d'Aquin, et qui ont, peut-être, eux-mêmes publié deux ou trois volumes en la matière, ne pourront manquer de percevoir que la soi-disant "vivacité" de Chesterton a humilié leur érudition. Il a deviné tout ce qu'ils avaient essayé de démontrer, et il a dit tout ce qu'ils avaient plus ou moins maladroitement essayé d'exprimer par des formules académiques. Chesterton fut un des penseurs les plus profonds qui aient jamais existé; il était profond parce qu'il avait raison; et il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir raison; mais il ne pouvait non plus s'empêcher d'être modeste et charitable. Aussi laissait-il ceux qui pouvaient le comprendre reconnaître qu'il avait raison et qu'il était profond. Auprès des autres, il s'excusait d'avoir raison et compensait le fait d'être profond en étant spirituel. C'est tout ce qu'ils voient en lui. »

Gilson avait déjà dit son admiration pour
Greybeards at Play et Orthodoxy qu'il voyait comme le meilleur livre d'apologétique du siècle. Après avoir lu le Saint Thomas de Chesterton, il avait également déclaré : « Chesterton fait mon désespoir. J'ai étudié saint Thomas toute ma vie et je n'aurais jamais pu écrire un tel livre ».

Sur Étienne Gilson, voir la notice de
l'Académie Française le concernant.

D'après Georges Allaire, auquel nous devons cette traduction d'un texte écrit en anglais, Étienne Gilson ne fut pas le seul "thomiste" à reconnaître les qualités du travail de Chesterton sur saint Thomas. D'après son fils Thomas De Koninck, ce fut aussi  le jugement du philosophe thomiste Charles De Koninck. de l'Université Laval à Québec, un philosophe profondément respecté outre-Atlantique pour les générations d'étudiants qu'il a formées. Pour mesurer, la place de ce philosophe méconnu en France, j'ai placé en fin d'article une notice à son sujet. Concernant le Saint Thomas de Chesterton, Georges Allaire croit savoir que Jacques Maritain l'avait aussi en estime. Il faut ajouter également que le père Gillet, maître-général des Dominicains, recommanda chaleureusement cet ouvrage à ses confrères.


Annexe :
Charles De Koninck, d'après une notice de la télévision québecoise :
Charles De Koninck (Thourout, 1906 - Rome, 1965), lui-même fils d'un entrepreneur en construction flammand, était un grand philosophe aristotélicien, thomiste, qui a travaillé sur la logique, la philosophie naturelle, les mathématiques, la métaphysique, la théologie, l'éthique et la philosophie politique. Arrivé à Québec en 1934, à l'invitation de l'université Laval qui voulait consolider sa faculté de philosophie, il s'avéra un personnage marquant. Pendant 31 ans, il enseigne la philosophie de la nature à Laval et de 1939 à 1956, assume la charge de doyen de la Faculté de philosophie et pour une brève période en 1965.

Internationalement reconnu, Charles De Koninck est professeur invité à l'Université nationale de Mexico en 1944 et à l'Université Notre-Dame de 1957 à 1964. Pendant 25 ans, il prononce d'innombrables conférences dans les deux Amériques et dans plusieurs pays d'Europe. Il est décédé subitement le 13 février 1965 à Rome où il participait à une sous-commission du Concile Vatican II. Sa disparition fut unanimement déplorée dans la presse québécoise. À cette occasion, un journaliste soulignait l'influence que Charles De Koninck avait exercée auprès de ses proches tout comme parmi ses adversaires, lesquels ne pouvaient nier, écrivait-il, qu'il avait "fortement contribué à élever le niveau des études philosophiques" au Québec.

"L'homme avait de la carrure, une étonnante érudition, une rare capacité de travail et le don, plus rare encore, de captiver un auditoire étudiant par ses exposés, même les plus abstraits." Ses prises de position dans le cadre des discussions autour de Vatican II avaient quelque peu ébranlé l'opinion québécoise dans ses convictions religieuses. Dans une société qui repensait son système scolaire, il s'était prononcé en faveur de l'école neutre. Selon lui, les parents agnostiques n'avaient pas simplement le droit, mais le devoir "de faire tout ce qu'ils peuvent [...] afin d'obtenir pour leurs enfants, aux frais de la société civile, l'institution d'une école non-confessionnelle". Ce devoir leur incombait s'ils pensaient que l'enseignement religieux était nuisible à l'idéal qu'ils concevaient pour leurs enfants et s'ils croyaient que, dans une école confessionnelle, ceux-ci "allaient être exposés à des influences contraires à leur bien". (cité dans L'Immigration des Belges au Québec, André Vermeirre, p. 99) Considéré comme un des bâtisseurs de l'Université Laval moderne, on baptisa de son nom un des plus importants pavillons du campus de l'Université Laval. L'important fond d'archives Charles-De-Koninck se trouve au Centre Jacques-Maritain à l'Université Notre-Dame d'Indiana et comprend une importante correspondance philosophique.


Pavillon Charles-De-Koninck, Université Laval

Dynastie universitaire

D'ailleurs, la renommée de Charles De Koninck faisait de sa grande maison du Vieux-Québec, au 25 de la rue Sainte-Geneviève, (classé depuis monument historique) un lieu de fréquentation des personnalités des mondes universitaire, scientifique, intellectuel et politique.

L'écrivain Antoine de Saint-Exupéry visita les De Koninck en 1942. Son fils, Thomas De Konick était alors âgé de huit ans. "À l'invitation de Charles de Koninck, Saint-Exupéry était venu prononcer une conférence à Québec. Thomas De Koninck a conservé les bribes de quelques moments vécus avec Saint-Exupéry: "Un grand gaillard. C'était l'aviateur. Un bonhomme attachant, qui s'intéressait à nous, les enfants. Il nous faisait des avions en papier, des dessins. […] Il aimait les énigmes mathématiques." L'année suivante, Saint-Exupéry publiait Le Petit Prince. Et selon la légende locale, il se serait inspiré du petit De Koninck, qui avait les cheveux blonds bouclés et posait beaucoup de questions. M. De Koninck refuse cependant cette interprétation: "Le Petit Prince, c'est Saint-Exupéry lui-même". Sur ce point, la plupart des ouvrages savants s'entendent. Pour Thomas De Koninck cette rencontre est un agréable souvenir d'enfance, 'nimbé' par les printemps qui l'en séparent." (Impact Campus, 26 septembre 2000).


 

Soulignons pour les lecteurs français que Charles De Koninck fut l'inspirateur de ceux qui fondèrent en 1969 l'Institut libre de philosophie comparée (IPC). André Clément, qui en fut le premier doyen, fut, en effet, un élève de Charles De Koninck. Site de l'IPC.




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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 00:35
Un très bon connaisseur québecois de Chesterton, Georges Allaire, également traducteur de l'écrivain., me signale que le célèbre livre de G.K.C. sur saint Thomas est disponible sur le site Docteur angélique, à l'adresse suivante : http://docteurangelique.free.fr/index.html

Le site Docteur angélique est consacré entièrement à l'Aquinate et c'est une belle communauté de connaisseurs qui travaillent à rendre accessible cette œuvre si ample et qui mérite tant de sortir des bibliothèques. On ne peut que saluer ce travail et féliciter les responsables du site d'avoir accueilli le livre de Chesterton sur saint Thomas que certains pourraient être tentés de mépriser un peu vite.

La rencontre Chesterton/Saint Thomas d'Aquin est celle de deux géants, aussi volumineux peut-être l'un que l'autre. L'un passe pour un esprit rationnel, presque étroit, sans chaleur, ni poésie. L'autre évoque un volcan en perpétuelle ébullition, laissant courir son imagination pour nourrir un flot poétique sans interruption. En fait, les deux hommes, malgré leurs réelles différences, sont certainement plus proches qu'on ne le pense. Il ne faut pas avoir lu les hymnes de saint Thomas pour l'imaginer sans poésie. Il ne faut pas avoir lu les essais de Chesterton pour le croire sans philosophie, prisonnier d'une imagination débordante.
Publié en 1933, son Saint Thomas est un chef-d'œuvre. Chesterton n'entend pas présenter la philosophie et la théologie de saint Thomas, mais plutôt l'homme lui-même. Le livre commence d'ailleurs avec beaucoup d'humilité :

« Ce livre est sans prétention. Il souhaite uniquement donner un regard rapide sur un personnage de l'histoire qui mérite d'être mieux connu. Il aura atteint son but s'il amenait des gens qui n'ont guère connu S. Thomas d'Aquin à s'informer à son sujet auprès de meilleurs livres. Cette approche a des implications.
Premièrement, l'histoire s'adresse surtout à des gens qui ne sont pas de même religion que S. Thomas, et qui peuvent s'intéresser à lui comme je pourrais moi-même m'intéresser à Confucius ou à Mahomet. La nécessité de le présenter à des étrangers m'oblige conséquemment à le situer par contraste à des façons de penser étrangères. Si je présentais brièvement l'amiral Nelson à des étrangers, je devrais détailler de nombreux faits que nombre d'Anglais connaissent et omettre plusieurs détails que nombre d'Anglais aimeraient connaître. Mais il me serait difficile de faire une narration émouvante et vivante de Nelson en cachant le fait qu'il guerroya contre les Français. Pareillement, on ne saurait guère présenter S. Thomas sans mentionner qu'il a combattu des hérétiques, bien que ce fait puisse gêner le but même de ce récit. J'espère seulement, et j'ai confiance, que ceux qui me considèrent comme un hérétique ne me blâmeront pas d'exprimer mes propres convictions, ni surtout celles de mon héros.
Il n'y a qu'un point où cette question affecte la courte narration qui suit. En effet, j'y exprime une fois ou l'autre ma conviction que le schisme [protestant] du seizième siècle était en réalité une révolte retardée des pessimistes du treizième siècle. C'était un remous du vieux puritanisme augustinien contre la largesse aristotélicienne. Sans cette observation, je ne saurais situer le personnage historique dans l'histoire. Cependant, le tout n'est pas offert comme un paysage avec des figurants mais plutôt comme un seul personnage sur ce fond de paysage.
Deuxièmement, une pareille simplification ne me permet pas de dire beaucoup plus que ce philosophe avait une philosophie. Je n'ai pu offrir que quelques échantillons de cette philosophie. Et il me sera impossible de traiter adéquatement de sa théologie. Une dame que je connais prit un livre de commentaires de textes choisis de S. Thomas et glana le sujet bellement annoncé comme "La simplicité de Dieu". Quand elle déposa le livre, elle dit avec un soupir: "Si c'est là sa simplicité, je me demande bien quelle est sa complexité." J'éprouve un grand respect pour cet excellent livre de commentaires thomistes, mais je ne souhaite pas que mon livre soit pareillement abandonné au premier coup d'oeil avec pareil soupir. M'est avis qu'une biographie est une introduction à la philosophie du personnage et que la philosophie est une introduction à sa théologie, et je ne saurais mener le lecteur au-delà de la première étape de cette démarche. Troisièmement, je n'ai pas cru nécessaire de tenir compte des critiques qui se jouent du public de temps en temps en reproduisant des paragraphes de démonologie médiévale afin d'horrifier les lecteurs modernes par le truchement d'un langage méconnu. Je prends pour acquis que les gens cultivés savent que Thomas d'Aquin et ses contemporains, de même que tous ses adversaires pendant des siècles, croyaient en l'existence des démons et autres faits similaires. Si je n'ai pas choisi d'en traiter ici, c'est que ce fait ne contribue pas à dresser un portrait distinctif de l'homme. En effet, les théologiens protestants et les théologiens catholiques étaient d'un commun accord sur de tels sujets durant les centaines d'années pendant lesquelles il existait une théologie, et S. Thomas n'y tenait pas de positions remarquables, sinon par leur modération. Je n'ai pas évité ceci dans un but de cachotterie, mais seulement parce que ça n'apporte rien au personnage que je souhaite révéler. Il y a déjà si peu de place pour sa vaste forme dans un cadre aussi exigu. »

Comme beaucoup d'autres, ce livre a une histoire qui révèle bien Chesterton. Nous en reparlerons prochaine. En attendant, bonne lecture sur le site du Docteur angélique.


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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 09:27
En exclusivité pour les abonnés à la Lettre d'information (dite Newsletters), nous avons publié l'intégralité d'une lettre de Paul Claudel, écrite à l'occasion de la visite de Chesterton au Holy Cross College de Worcester, (Massachusetts). Nous avions déjà évoqué cette visite en publiant une courte video (ICI). Nous en profitons pour corriger une erreur. Cette rencontre s'est déroulée lors du second voyage de l'écrivain anglais aux États-Unis, en 1930-1931, et non pas en 1921, comme nous l'avons indiqué par erreur.
Voici donc un extrait de cette lettre de Paul Claudel, dont l'intégralité est réservée à nos abonnés. Pour la recevoir, il suffit de s'inscrire, sans aucun engagement, à La Lettre d'annonce (colonne de droite). Vous serez tenu au courant des nouveautés du blogue, sans avoir à le visiter systématiquement. Vos adresses sont confidentielles et nous ne les connaissons pas intégralement. Toute utilisation abusive est donc exclue. En cadeau de bienvenue, les abonnés de cette semaine pourrons donc recevoir cette lettre de Claudel dans son intégralité.
Merci à Daniel Hamiche pour sa traduction et sa collaboration. Voici donc l'extrait en question :

"Je suis enchanté d’adresser mes salutations au grand poète et au grand chrétien, G. K. Chesterton, à l’occasion de sa tournée aux États-Unis. Au cours des vingt années passées, ses livres n’ont jamais manqué de m’apporter joie et rafraîchissement, et ce sentiment de reconnaissance est si tendre et si inhabituel que l’appréciation s’y mêle à l’admiration.
Pendant le siècle écoulé, le catholicisme a dû, à peu près partout, soutenir une position défensive : il a préféré s’abriter dans le passé comme dans un refuge ou, comme on pourrait le dire, dans des chapelles étroitement cloisonnées et au décor d’un strict raffinement. Chesterton a absolument compris que dans notre religion le Mystère est tissé d’Évidence, et que nos réponses éternelles les sont avec les exigences les plus pressantes et les plus actuelles."
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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 00:00


Non, ce n'est pas une blague ! Et, pourtant, il faut bien l'admettre, Chesterton a eu les honneurs du quotidien fondé par Jean Jaurès et tombé dans l'escarcelle du Parti com
muniste français.
Fondateur avec son ami Hilaire Belloc du courant distributiste (pour plus de renseignem
ents, voir ici), une approche anglo-saxonne de la doctrine sociale de l'Église, Chesterton se montrait adversaire résolu aussi bien du capitalisme libéral que du socialisme étatique. Au premier, il reprochait d'être trop peu capitaliste. C'est-à-dire de confisquer la propriété privée au profit d'un petit nombre. Au second, il reprochait également de confisquer la propriété privée, au profit cette fois de l'État, immense machine anonyme et froide, sans humanité et sans chaleur. L'idéal distributiste consistait justement à répèter sans cesse que tous doivent être propriétaire, c'est-à-dire être libre.
Chesterton consacrera entre autre un livre à ce thème avec Outline of sanity et plusieurs de ses romans font références à cette question. Adversaire du communisme, socialisme étatique et athée, Chesterton n'en estimait pas moins que le capitalisme libéral avait une lourde responsabilité dans la naissance de la revendication socialiste. Il était de fait très critique à son égard. Mais de là à en faire un compagnon de route du communisme… Son débat avec G.B. Shaw sur le socialisme montre bien sa double opposition.

C'est en 1936, au lendemain de sa mort que Chesterton apparaît en Une de L'Humanité. C'est l'époque des grèves très dures en France et de la mobilisation des forces de gauche. Malgré ce climat tendu, la mort de l'écrivain anglais ne passe pas inaperçu. L'Humanité n'hésite pas à indiquer sa disparition, en reproduisant sa photographie en Une; ce que n'avait pas fait Le Figaro. En revanche, aucun article. Le peuple de gauche est censé connaître celui qui vient de disparaître. Ou alors, le parti estime-t-il trop dangereux de donner trop d'informations sur un homme qui pourrait attirer au catholicisme la masse ouvrière en lui révélant, sur un ton enjoué, la richesse de sa doctrine sociale ? Le cas se présentera en Angleterre quelques années plus tard quand Douglas Hyde, un haut responsable de l'équivalent britannique de L'Humanité deviendra catholique à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après avoir lu… Chesterton.
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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 00:00
Dès le lendemain de la mort de Chesterton, dans son édition du lundi 15 juin 1936 donc, Le Figaro annonce la nouvelle à ses lecteurs, en Une, avec une suite, en page 3 (au total, titre compris, 2 016 signes, espaces compris). Comme dans l'article de La Croix (voir ici), on trouvera dans cette annonce du Figaro quelques erreurs. Ainsi The Crimes of England n'a pas été publié en 1905 mais en 1915, au début de la Première Guerre mondiale et The Ball and The Cross date de 1909 et non de l'année suivante. Il s'agit certainement d'une faute de retranscription d'un journaliste pressé (à cause du bouclage ?) et qui connaît mal son sujet. L'article parle d'abord d'une mort à cause d'une embolie puis de troubles cardiaques. Contrairement à La Croix, qui annonce la messe d'enterrement pour le jeudi 18 juin 1936, Le Figaro évoque la date du mardi 16 juin. Mais, surtout, le journaliste se trompe en affirmant que Chesterton s'est converti pendant la guerre. Son entrée officielle dans l'Église catholique date, en effet, de 1922.
Nous retranscrivons, ci-dessous, le texte de cet article.




Mort de G.-K. Chesterton


Londres, 14 juin – M. Gilbert Keith Chesterton vient de mourir. On le connaissait, en Grande-Bretagne sous la simple appellation de « G.K. » – tout comme Bernard Shaw sous celle de « G.B.S. » Il était né à Londres, dans le faubourg aristocratique de Kensigton, en 1874.
Chesterton fit ses premières études à l'école de Saint-Paul – l'une des plus réputées parmi les « public schools » – où, encore tout jeune, il se fit remarquer en se faisant décerner le Prix Milton, pour ses vers anglais.
Après avoir quitté Saint-Paul, il suivit les cours de la « Slade School ». Mais il ne sembla pas cependant avoir trouvé immédiatement sa vocation. Il songea, en effet, tout d'abord à se livrer à l'étude des arts, montrant des dispositions particulières pour le dessin. Il ne donna pourtant pas suite à cette idée. La facilité avec laquelle il écrivait lui permit de collaborer à plusieurs journaux et publications politiques et littéraires.
Il ne tarda pas ainsi à acquérir une grande réputation que vint couronner la publication d'une suite d'ouvrages qui firent de lui l'un des écrivains de langue anglaise les plus connus du monde entier.
L'énumération de ses livres constituerait presque à elle seule un véritable catalogue. Qu'il suffise de rappeler quelques titres : The Napoleon of Notting hill (1904), The Club of queer Trades (1905), The Ball and the Cross (1910), The Crimes of England (1905).
Pendant la guerre, M. Chesterton s'était converti de façon retentissante à la religion catholique, dont il défendit toujours vigoureusement la cause par la suite.
Outre ses ouvrages littéraires et de critique, Chesterton avait également abordé le théâtre et était un conférencier très applaudi.
C'est d'une embolie que G.K. Chesterton est mort. Il était rentré de France il y a quelques jours et presque aussitôt après son retour, il commença à éprouver les troubles cardiaques auxquels il vient de succomber.
Les funérailles seront célébrées mardi prochain à l'église catholique de Beaconsfield.
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