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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 15:59
On s’accordera avec William Oddie pour estimer qu’il y a un peu d’emphase derrière le jugement trop fraternel de l’anonyme auteur de G. K. Chesterton : A Criticism. En 1900, Chesterton publie Greybeards at Play et un recueil de poèmes, The Wild Knight and Other Poems [Photo : Chesterton a 13 ans]. C’est insuffisant pour susciter une réelle interrogation. Par la suite, il va, outre ses articles quotidiens, publier des études littéraires, des romans et des contes ainsi qu’un essai, remarqué, Hérétiques, sans parler de la longue polémique avec Robert Blatchford, à travers des articles paraissant alors dans trois journaux : The Daily News (politiquement libéral et religieusement plutôt anti-conformiste), The Commenwealth (organe de la Christian Social Union, politiquement à gauche et religieusement anglo-catholique) et The Clairon (le journal de Blatchford lui-même, athée et socialiste). Rien d’évident à travers une telle production pour qualifier un jeune auteur, aux talents multiples, qui semble s’intéresser à tout et qui développe, qui plus est, une écriture paradoxale et facilement facétieuse. C’est pourquoi William Oddie pose la question : comment celui qui a grandi dans une atmosphère libérale et moderniste, qui enfant a écrit des vers anti-religieux, a été touché au moins par intermittence par un pessimisme profond et a connu une sérieuse crise spirituelle quand il était étudiant, est-il devenu une icône de la contre-révolution culturelle anti-moderne ?
Jusqu’ici, la réponse consistait à affirmer que cette évolution était le fruit du christianisme chestertonien. Or selon Oddie, la critique de la modernité et du progrès chez Chesterton [Photo : Chesterton a 17 ans] a émergé de manière indépendante, et certainement avant son adhésion consciente au christianisme. Pour une part, cette critique prend sa source dans un refus politique : celui de soutenir l’impérialisme britannique dans sa lutte contre les Boers en Afrique du Sud. Prise de conscience progressive mais qui a fini par saisir que ce combat entre David et Goliath était celui de la tradition contre la modernité. Par la suite, Chesterton s’est mis à défendre tout ce qui était anti-moderne, d’où cette croisade étonnante à partir de 1903 contre les positions de Blatchford, laquelle devait donner naissance à sa première affirmation publique de défense du christianisme. Comme l’écrit Oddie, « Il commençait à approcher la fin d’un long processus de transition intellectuelle ». C’est ce processus qu’il décrit jusqu’à son plein achèvement dans Orthodoxie, après l’étape que constitue Hérétiques. Mais, comme je l’ai déjà fait remarquer, Hérétiques, dans son chapitre d’introduction et dans celui de conclusion, contient déjà en puissance ce qui sera développé, et avec quelle ampleur, dans Orthodoxie.
Dans le petit essai que j’ai consacré à Chesterton (Pour le réenchantement du monde), je présentais Orthodoxie comme « l’histoire d’une âme » de Chesterton. C’est ce que confirme, avec d’autres temres, aujourd’hui, William Oddie dans son étude si passionnante, notamment en raison des très nombreux documents sur lesquels il s’appuie. Il me semble, pour ma part, qu’il existe une sorte de triptyque chestertonien, constitué par Hérétiques (1905), Orthodoxie (1908) et L’Homme éternel (1925). Si Chesterton aborde sa croyance dans le Christ et son adhésion au christianisme dans de nombreux ouvrages ou articles, ces trois livres se répondent et se complètent tout en traçant les lignes d’un itinéraire spirituel. En attendant, il est certain que William Oddie a livré par cette étude un ouvrage désormais indispensable à une exacte connaissance non seulement de l’œuvre de l’écrivain, mais de l’homme lui-même.


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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 15:54



Chesterton and the romance of orthodoxie de William Oddie est divisé en deux grandes parties, de quatre chapitres chacune. La première explore la vie de Chesterton jusqu’à sa trentième année. Années d’enfance, si importantes pour l’acquisition de certains éléments fondamentaux comme la magie de la féerie ; années scolaires, si déterminantes, années d’études artistiques à Slade, si éprouvantes d’un certain point de vue, pour finir sur ses premiers pas comme jeune rédacteur dans des maisons d’éditions. La seconde partie suit Chesterton dans ses premiers écrits, dans l’émergence de l’homme de lettre, puis dans le critique et le polémiste, notamment avec la parution d’Hérétiques (1905) pour finir par la parution d’Orthodoxie.

Concernant l’évolution de Chesterton, William Oddie démontre que son catholicisme, comme système de pensée, était bien présent en 1908, bien avant donc son entrée officielle dans l’Église catholique. Il estime que les idées catholiques de l’écrivain lui ont été transmises, non d’abord par Belloc ou par le Father O’Connor, qui servira de modèle pour le Père Brown, mais essentiellement par sa femme, l’anglo-catholique, Frances Blogg (photo) et par les personnalités de la Haute-Église anglicane qu’il connaissait comme Charles Gore, Conrad Noel et Percy Dearmer. Ces derniers n’avaient rien de catholiques romains, mais s’intéressaient tous, dans le cadre du courant social chrétien, aux questions économiques et sociales, dans une perspective de justice sociale, également défendue par Léon XIII.
La vraie question qui se pose à propos du travail de William Oddie est de savoir si Orthodoxie constitue bien ce point d’arrivée dans l’évolution de la pensée de Chesterton. Ce dernier en défend lui-même l’idée dans son autobiographie. Pour Oddie, Orthodoxie constitue le terme d’un processus d’évolution spirituelle dont le livre va témoigner publiquement. Il estime que jusqu’à Orthodoxie le public et la critique pouvaient se demander qui était réellement Chesterton, ce qu’il voulait, ce qu’il pensait. Le propre frère de G.K.C, Cecil Chesterton remarque dans G. K. Chesterton : A Criticism, un livre anonyme consacré à son aîné, que personne en dehors de son propre cercle ne connaissait l’écrivain. À partir du printemps 1900, la question s’était, selon lui, transformée. Désormais connu, on cherchait à identifier celui qui se cachait en quelque sorte derrière les initiales G.K.C.

(à suivre…)


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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:08
Quand le lecteur découvre Chesterton et qu’il se surprend à l’apprécier, il ne sait pas encore qu’il vient de franchir une des portes d’entrée d’un riche univers. Il y a, en effet, mille manières pour commencer à connaître Chesterton. Il peut s’agir d’un roman, que l’on perçoit d’abord en tant que tel, intrigué par la manière dont l’auteur mène son jeu. Et, puis, très vite, force est de constater que sous l’écorce de l’histoire, de surprenantes révélations nous sont faites et qu’une profession de foi s’étale sous nos yeux sans que nous ayons eu le temps de nous en apercevoir. L’essai a également longtemps été une manière privilégiée de lire Chesterton, les Français appréciant les joutes oratoires, les discussions d’idées, les démonstrations en faveur d’une ligne que l’on entend défendre. Évidemment, Chesterton restait sur ce plan-là éminemment déconcertant. Comment un fils de Descartes pouvait-il raisonnablement se laisser entraîner par un auteur qui dresse un monument en faveur du christianisme dogmatique en recourant aux contes de fées ? Il faudrait encore évoquer son Father Brown et cette étonnante porte d’entrée que constitue le roman policier chestertonien, qui continue de séduire à l’heure des thrillers faisant davantage appel aux méthodes de la police scientifique qu’au regard profond d’un humble petit prêtre.
Mille portes pour un univers donc, même si au fond nous connaissons mal la vie de l’homme Chesterton et l’évolution de sa pensée. D’emblée, il nous apparaît massif, d’un bloc, et d’une certaine l’était-il. Mais il faudrait aller au-delà, savoir, par exemple, comment cet homme qui n’était pas catholique a pu écrire un éloge, non-dit mais puissant, du catholicisme en 1908 (Orthodoxie) pour ne se convertir réellement qu’en 1922.
À ce titre, le lecteur curieux et familier avec la langue anglaise, aura tout intérêt à lire l’un des derniers ouvrages consacrés à Chesterton et qui est publié par l’Oxford University Press. Signé William Oddie, intitulé Chesterton and the romance of orthodoxie, cet ouvrage est une étude très serrée qui a pris pour champ d’exploration les années qui séparent la naissance de Chesterton (1874) de celle de la parution d’Orthodoxie (1908). Contrairement, donc, aux habituelles biographies qui, généralement, embrassent toute son existence et toute son œuvre, William Oddie a concentré son regard sur une période qu’il estime décisive et qui détermine en quelque sorte le reste de l’existence de G.K.C.
À ce titre, il n’est peut-être pas inintéressant de savoir qui est exactement celui qui s’est ainsi intéressé, en plus de 400 pages, au parcours de Chesterton, et singulièrement à l’itinéraire emprunté par celui-ci pour atteindre au début du XXe siècle la pleine maturité dans sa pensée. Ancien athée, William Oddie est devenu ministre anglican en 1977, à l’âge de 38 ans. Il a ensuite assuré plusieurs charges de chapelain à Oxford avant de devenir desservant d’une paroisse. En 1987, il embrasse le journalisme journaliste, écrivant dès lors régulièrement pour le Daily Telegraph, Sunday Times ou le Daily Mail. Mais plus important encore, il est reçu dans l’Église catholique en 1991.
On le voit cet itinéraire de l’auteur est intéressant dans la mesure où il n’est pas sans rapport avec celui de Chesterton. Les dissemblances sont évidentes, mais il reste que nous sommes confrontés dans les deux cas à deux passages successifs, celui de l’athéisme à l’anglicanisme et celui de l’anglicanisme au catholicisme. Sans avoir vécu les mêmes choses que Chesterton William Oddie était donc certainement bien préparé intérieurement à le comprendre.
Cette compréhension a été amplifiée par les documents originaux qu’il a pu lire et qui n’avaient pas été jusqu’ici exploré. Par exemple, Oddie s’appuie sur les écrits de Chesterton dans The Debater magazine, ce journal de lycéen auquel le futur écrivain collaborait. Il met en avant nombre d’articles qui étaient jusqu’ici passés inaperçus ou cités de manière incomplète, ou encore des poèmes inachevés, des notes et des réflexions diverses. Il n’ignore pas, bien entendu, l’ensemble des matériaux qui étaient déjà à la disposition des chercheurs. À l’aide de sources nouvelles confrontées à de plus anciennes, William Oddie s’attache donc à saisir l’itinéraire intellectuel, spirituel et moral de Chesterton, jusqu’à ce moment décisif que fut la parution d’Orthodoxie. À ce sujet, il rappelle, derrière G.K.C. lui-même, qu’au début les critiques et une grande partie du public n’ont pas compris de quoi il retournait. Il pensait à une nouvelle facétie de l’auteur, à une illustration nouvelle d’un paradoxe ou à une exotique défense du christianisme oriental séparé de Rome. Et puis ils s’aperçurent que l’auteur défendait réellement le christianisme dogmatique et ce fut l’hallali.

(à suivre…)
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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:26
Le quotidien Présent a consacré sa Une du mercredi 8 avril à une présentation rapide de Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste de G.K. Chesterton (éditions de L’Homme Nouveau). Extrait.




A l’heure de la crise économique mondiale qui est inséparable  de la crise morale de l’Occident, deux livres d’aspect anodin arrivent  à point nommé. Apparemment hors sujet tous les deux,  puisqu’il s’agit, pour l’un, d’un receuil (inédit) d’essais de Chesterton  datés de 1926 que les éditions de l’Homme nouveau viennent  de publier sous le titre Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste ; pour l’autre, des actes de la XIXe université d’été de  Renaissance catholique en juillet 2005 : La pensée unique (Renaissance catholique).

Et pourtant, chacun à sa manière  éclectique et diversement datée, ils  disent déjà quasiment tout, d’une  part des causes profondes de notre  grande crise économique et de ses «  enfers sociaux », d’autre part des  effets intrinsèquement pervers de la  crise morale liée à ce funeste économisme.  (…)
« Ce que je reproche au capitalisme,  ce n’est pas qu’il y ait trop  de capitalistes mais précisément  qu’il n’y en ait pas assez », disait  Chesterton. C’est tout le « distributisme  » chestertonien, cher à Philippe  Maxence, qui est (si l’on y réfléchit  bien) le seul moyen politique  de « moraliser le capitalisme  » contre l’édifice malsain du  mondialisme. Louis Salleron en a  lui-même développé le principe en  France, en prônant non seulement  la diffusion de la propriété individuelle  mais l’organisation de la diffusion  de la propriété collective  privée, comme rempart de liberté  personnelle, facteur de justice sociale  et de développement économique  maîtrisé. La propriété est  pour la personne – « un besoin vital  de l’âme » (Simone Weil) – et non  la personne pour la propriété ! 
Nicolas Sarkozy a par exemple  jugé inacceptable que « Laurence  Parisot dise qu’elle n’a pas le désir  d’évoquer le partage des profits ».  Mais de la distribution de la propriété,  selon le principe clef de la  destination universelle des biens, il  n’en aura jamais été question, comme  remède politique et durable à  cette crise (dont le G20 ne vient finalement  que de « réguler » et renouveler  virtuellement les tares).  Or, note Philippe Maxence, « ce  n’est pas une mince surprise de  constater qu’en usant des mots qui  sont les siens, Chesterton avait déjà  pensé la crise de l’environnement,  la faillite des banques, la  perversité du système de la grande  distribution, la destruction de  l’agriculture » ! 
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 17:35
Chrétiens dans la cité, la lettre d'information attentive à tout ce qui se passe dans le domaine des rapports des chrétiens avec la société, présente dans son dernier numéro (n° 222) le dernier livre de Chesterton édité en France : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste. Nous reproduisons ci-dessous cet article signé Denis Sureau.


A l'heure où la crise financière mondiale bouleverse les fausses certitudes constitutives d'une « mondialisation heureuse » fondée sur le capitalisme, les analyses économiques et politiques du grand écrivain britannique G.K. Chesterton invitent à renouveler notre regard. Publiées à la veille de la première grande crise – celle de 1929 -, et traduites pour la première fois, elles dénoncent la dévastation de la nature, la perversité de la grande distribution, les illusions de la technique et « la tyrannie des trusts ». Tout cela au nom du distributisme, propre aux catholiques sociaux anglais, proposant « de distribuer les grandes fortunes et les grandes propriétés » sans tomber l'écueil du socialisme étatiste. « Une société de capitalistes ne contient pas trop de capitalistes, mais trop peu...». Évidemment, même lorsqu'il se fait l'écho de telles thèses, Chesterton demeure Chesterton: non un austère théoricien multipliant les démonstrations rigoureuses
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 11:51
Et, oui, ils ont osé en parler et même le signaler. Le site Europae Gentes recommande la lecture de Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (éditions de l'Homme Nouveau), traduction française inédite de Outline of sanity.
Au fait, amis visiteurs de ce blogue, lecteurs ou curieux de l'œuvre de Chesterton, vous êtes-vous procuré cet ouvrage ?
Si ce n'est pas le cas, faites le vite !
D'abord parce qu'il s'agit de Chesterton.
Ensuite parce que le tirage est limité.
Encore parce que la vente de ce livre déterminera l'édition éventuelle d'autres livres inédits de Chesterton.
Enfin, parce qu'en temps de crise, il est toujours utile de réfléchir et de confronter ses propres idées à une pensée non conforme.

Le livre est désormais distribué en librairie (demandez-le, n'hésitez pas et indiquez à votre librairie que le diffuseur est la Serdif) ou, sinon, toujours en vente, sur le site de l'éditeur. C'est-à-dire ICI.






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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 14:39
Membre de l’Académie française, aujourd’hui encore l’un de nos plus grands écrivains, Jean Dutourd vient de publier un nouveau livre chez Flammarion. Il s’agit d’un recueil de « chroniques littéraires », réunies sous le titre, La chose écrite. Un joli titre, pour un livre que je vais m’empresser de lire, page après page.
Cédant à mes instincts les plus immédiats, je me suis précipité sur l’index des noms propres. Heureusement, il y en a un, Flammarion connaissant encore son travail d’éditeur. J’étais sûr que Jean Dutourd évoquerait Chesterton. Cette certitude ne repose sur aucune prescience. Mais deux raisons me poussent toujours à aller vérifier si notre Académicien évoque son illustre confrère britannique.
La première de ces raisons tient au fait que Jean Dutourd fut l’un des traducteurs de Chesterton, pour la collection dirigée par Jorge Luis Borges et dont le volume chestertonien, L'Œil d'Apollon, a été réédité récemment. aux éditions du Panama (première édition 1977 chez Retz, Franco Maria Ricci). 
L’autre raison est plus personnelle. J’avais dans l’une des chroniques littéraires que j’écrivais pour L’Homme Nouveau consacré un article à Jean Dutourd. J’avais cru déceler une parenté entre lui et GKC et je n’avais pas hésité à faire de Dutourd notre Chesterton français. Dutourd m’écrivit pour me dire que cette comparaison, qu’il estimait trop flatteuse, lui avait procuré néanmoins un vif plaisir.
À ce deux raisons, je pourrais en ajouter une autre, qui me fut rapportée par le directeur des éditions DMM. Éditeur de Chesterton, il avait envoyé lors de la parution de L’Homme éternel dans sa version intégrale le livre à Jean Dutourd. À l’époque, celui-ci fréquentait le plateau des "Grosses têtes" de Philippe Bouvard et offrit à l’ouvrage une publicité gratuite mais éloquente qui permit aux ventes de décoller.
Rien d’étonnant donc de voir Chesterton évoqué par Jean Dutourd. Qu’en dit-il ? « Deux choses me frappent dans Chesterton, écrit Dutourd. D’abord sa foi catholique qui était puissante et joyeuse comme celle de Bernanos ; ensuite une méthode qu’il emploie constamment et que son ami Belloc appelait le “parallélisme”. Cela consiste à démontrer des vérités obscures ou douteuses en les comparant à des vérités claires et incontestables. En fait, c’est la démarche du poète, qui pénètre à l’intérieur des secrets grâce à la métaphore ».
La conclusion de cette chronique sur Chesterton est aussi à retenir :
« Chesterton est un des plus grands écrivains anglais du XXe siècle (il est mort en 1936). Belloc prétend qu’il est mal connu en France parce qu’il n’a jamais été bien traduit, au rebours de Kipling qui lui est très inférieur ».
On discutera quand même Jean Dutourd sur un point. Il affirme que « Chesterton a fait de son détective un prêtre » parce qu’il « était catholique fervent ». Or, quand il publie les premières histoires de Father Brown – c’est-à-dire en 1911 – Chesterton n’est absolument pas catholique. Il ne se convertira qu’en 1922. À l’époque, il est encore de confession anglicane, même s’il appartient alors à la branche la plus proche du catholicisme romain.
Dans La chose écrite, Dutourd évoque encore Chesterton à propos d’André Maurois qui se disait marqué par le rire de GKC qui « ressemblait à celui des dieux de l’Olympe ».



La chose écrite, chroniques littéraires, par Jean Dutourd, Flammarion, 576 pages, 25 €
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 14:57
La blogsphère est loin d’être inattentive à Chesterton. Tout récemment, Bernard Quiriny a consacré un excellent texte à notre auteur sur son blogue. On en trouvera l’intégralité à l’adresse suivante (ICI)

L’introduction du texte est originale et donne le ton d’une approche littéraire du sujet, à l’occasion de la parution des Enquêtes du Père Brown. Extrait :

« Si la grandeur d’un artiste se mesure à la stature de ceux qui l’ont admiré, alors il ne fait aucun doute que Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) fut un immense écrivain du vingtième siècle. Jugez plutôt : Borges répétait qu’aucun auteur ne lui avait apporté plus de bonheurs de lecture, Claudel trouvait ses essais si fascinants qu’il en traduisait des chapitres entiers dans la NRF (Nouvelle Revue Française) et Gombrowicz le citait élogieusement dans son journal. Encore aujourd’hui, le philosophe Zlavoj Zizek recourt volontiers à lui pour illustrer ses théories et l’éminent Lakis Proguidis, de la revue L’Atelier du roman, affirme que Chesterton «fait partie du cercle très restreint des écrivains qui veillent sur (sa) santé mentale et esthétique ». Même les gros bras du groupe Iron Maiden semblent l’admirer, qui ont repris l’un de ses vers dans leur chanson Revelations! Pourtant, malgré ces références prestigieuses, Chesterton demeure assez mal connu du public hexagonal : tout le monde a lu Wells ou Kipling, ses grands contemporains, mais lui demeure un auteur discret, dont les fanatiques se recommandent les oeuvres à la manière d’un cercle d’initiés. «Cela tient en partie au fait que les Français s'intéressent peu à la littérature étrangère, explique Philippe Maxence, auteur du premier blog francophone sur Chesterton(1). En outre, sa forme d'écriture, qui n’est pas toujours bien rendue par les traductions, exige un effort d’attention. Il faut entrer dans cet univers ; mais une fois que le pas est franchi, une véritable joie s’en dégage. »

Intéressante présentation, n'est-ce pas ? N'hésitez pas à lire la suite, en allant sur le blogue dont j'ai donné l'adresse ci-dessus. C'est un plaisir. Merci également à Bernard Quiriny d'avoir signalé l'existence de notre petit blogue
Qui dira, encore, que Chesterton ne suscite pas la curiosité des Français ?
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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:19
Une nouvelle biographie consacrée à Chesterton vient de sortir en Grande-Bretagne, chez Oxford University press, l’éditeur de la célèbre université. Signée William Oddie, elle s’intitule « Chesterton and the romance of Orthodoxy ». Elle s’attache à explorer la période qui va de 1874, année de naissance de Chesterton, à 1908, année de la parution d’Orthodoxie. Cette étude a déjà été saluée par les spécialistes anglo-saxons de Chesterton et nous ne manquerons pas d’y revenir plus en détail.

Autre parution, le numéro automne/hivers de The Chesterton Review. Plus de 400 pages (oui, vous avez bien lu) consacrées à Chesterton et à la sphère qui s’y rattache, avec bien sûr des critiques de livres et de films, le commentaire d’informations pouvant intéresser les amoureux de Chesterton ainsi qu’ne forte partie consacrée aux échanges avec les lecteurs. Plusieurs articles sont mis en avant. D’abord pour nous Français, la publication de textes de Charles Péguy, le Father Ian Boyd, directeur de la revue, étant aussi un passionné de l’écrivain français. On peut y lire également des études consacrées à Orthodoxie, au Nommé Jeudi ainsi qu’à la crise financière. Il s’agit d’une revue internationale, publiée en anglais. Il existe aussi une version espagnole.
Signalons, à ce sujet, que The Chesterton Institute, qui édite la revue, a changé de site Internet, lui donnant un nouvel aspect et une nouvelle configuration. Un site à visiter à l'adresse suivante : http://www.auth.shu.edu/catholic-mission/chesterton-index.cfm

Enfin, signalons que nos cousins du Canada s’intéressent aussi à Chesterton. J’ai déjà parlé ici de Georges Allaire, fin connaisseur de l’écrivain et son traducteur en langue française. Le Devoir, quotidien de Montréal, vient de publier dans son édition de fin de semaine, samedi 17 et dimanche 18 janvier, un article signé Gilles Archambault
et consacré aux enquêtes du Père Brown. En voici un extrait :
« Chesterton est un ironiste de haut vol. Il décrit avec force détails une atmosphère, y insère une intrigue dont la solution fournie par le père Brown découle toujours d'un raisonnement imparable. La plupart du temps, l'ecclésiastique n'apparaît qu'en fin de course. L'auteur n'en a pas parlé, à peine l'a-t-il mentionné. Et le fin mot du mystère découle invariablement de l'observation. «Pour ce qui est de l'évocation de la sauvagerie manifeste de la grande cité, le roman policier est manifestement son Iliade. Personne n'aura manqué de remarquer que le héros, ou le détective, traverse Londres avec quelque chose de la solitude et de la liberté d'un prince de conte de fées...» Cet extrait du toujours même plaidoyer, tout éclairant qu'il est, ne s'adresse qu'aux néophytes. Les autres ont déjà fait leur miel de ces nouvelles dans lesquelles le prêtre irlandais à l'allure lourdaude mais au cerveau si opérant apparaît vite comme l'illustration même de la sympathie. D'autant que Chesterton sait décrire une situation, se livrer à une crique sociale en multipliant les traits les plus fins et les plus acérés. »
Pour lire l’intégralité de l’article : ICI.
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 16:40
Après une petite interruption de ce blogue, en raison des vacances (j'espère pouvoir trouver le temps de répondre à tous les messages personnels qui m'ont été adressés), nous reprenons la mise à jour de l'actualité chestertonienne. Et tout d'abord, comment ne pas signaler le dernier numéro de la revue Catholica (n°102, hiver 2008-2009) qui présente dans une recension signée Louis Forestier L'Univers de Chesterton. En voici quelques extraits :

« En fait de petit dictionnaire, il livre ici plus de 300 pages d’aphorismes, voire de citations plus longues lorsque le besoin s’en fait sentir. Ce qui est particulièrement appréciable, c’est que ces extraits sont tirés des oeuvres les plus variées de l’écrivain, connues ou moins connues (Chaucer, Hérétiques, La vie de William Cobbett ou encore Lumières sur deux villes). De Chesterton, en effet, on ne lit généralement en France que certains textes comme la série de nouvelles policières du Father Brown — récemment rééditées (Omnibus, 2008) —, La Sphère et la Croix, L’Homme éternel ou Ce qui cloche dans le monde. Mais, rien semble-t-il n’avait été jusqu’à présent fait pour mettre à disposition du grand public la moelle substantielle des oeuvres du poète, écrivain, et même philosophe britannique. Désormais, c’est chose faite, de manière fort appréciable.
A la lecture de ce dictionnaire, on constate que cet esprit brillant cultive maintes fois le paradoxe, les phrases énigmatiques ou les formules à l’ironie parfaitement ciselée. Ainsi, par exemple, sur les questions de gouvernement. Pour Chesterton, « [l]a démocratie a cent qualités incroyables ; elle n’a en revanche qu’un énorme défaut : elle n’est pas démocratique » (art. « Démocratie ») ; « [l]e despotisme héréditaire est donc démocratique dans son essence et dans son esprit parce qu’il choisit au hasard parmi les humains. S’il ne proclame pas que tous les hommes peuvent gouverner, il proclame ce qu’il y a de plus démocratique immédiatement après, à savoir que n’importe qui peut gouverner » (art. « Despotisme »), que l’on pourrait rapprocher de l’article « Homme » : « La soumission à un homme faible est discipline. La soumission à un homme fort est servilité ».
Dans le domaine de l’économie, Chesterton ne mâche pas non plus ses mots. Ainsi, par exemple, au sujet de l’omnipotence de l’argent : « Je regardais un vieux missel dans la bibliothèque hier. Tu sais qu’ils écrivaient toujours en or le nom de Dieu ? Je crois que si on écrivait un mot en or de nos jours, ce serait le mot Or » (article « Or », à relier avec l’article « Libéralisme » : « Le libéralisme contemporain profite aux riches ; et à personne d’autre »). Mais c’est dans le domaine qui a le plus profondément changé sa vie, celui de la religion, que l’on trouve les textes les plus profonds de Chesterton. Sa définition de la Croix vaut à elle seule un départ de méditation : « La croix ne peut connaître la défaite [...] car elle est la Défaite » (art. « Croix »). »

Pour se procurer ce numéro ou faire un peu plus connaissance avec la revue Catholica, il suffit d'écrire à Catholica, 42 rue Dareau, 75014 Paris ou de se connecter sur le site de la revue : http://www.catholica.presse.fr
Revue catholique de niveau universitaire, fondée par Bernard Dumont et toujours dirigée par ses soins, Catholica est trimestrielle. Son dernier numéro a pour thème : "Retour à la raison politique".
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