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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 18:18
Suite de notre présentation rapide du regard posé par George Orwell sur G.K. Chesterton. Une erreur de manipulation hier a fait que les abonnés ont reçu dans la même journée deux envois au lieu d'un. Toutes nos excuses.



Dans la série des articles As I please de 1944, George Orwell prend plusieurs fois Chesterton pour cible. Ce qui ne passe pas ? C’est au fond son catholicisme. Il lui reproche de pousser trop loin les conséquences des hérésies pour prétendre juger les croyances qui ne sont pas les siennes (As I please, Tribune, 27 octobre 1944). De manière assez malhonnête, il prend Chesterton à témoin pour juger que l’enfer n’est pas une notion sérieuse puisque les croyants eux-mêmes ne lui apportent pas toujours un regard sérieux (As I please, Tribune, 14 avril 1944). Pour ce faire, il cite effectivement un poème absolument pas sérieux de Chesterton qui n’apporte pas de l’enfer une vision très épouvantable. Mais Orwell isole ici un texte parmi une œuvre de plus de cent livres. Et un texte qui ne porte pas d’abord sur l’enfer. On aurait pu lui rétorquer qu’en illustrant le totalitarisme par l’histoire d’une ferme d’animaux il ne montrait pas ce dernier sous un jour très sérieux. Il aurait pu aussi citer cette phrase de Chesterton : « l’enfer est le grand compliment de Dieu à la réalité de la liberté humaine et de la dignité du choix de l’homme ».
En revanche, dans un autre article (As I please, Tribune, 23 juin 1944), tout en estimant que la vision de Chesterton était fausse et qu’elle reposait en partie sur une certaine ignorance, il lui reconnaît d’avoir eu le courage d’attaquer le riche et le puissant et de mettre ainsi sa carrière littéraire en péril. De la même manière, dans un article de Tribune, du 2 novembre 1945, Orwell s’inspire d’un jugement de Chesterton (« Good Bad Books ») qu’il prend en titre pour évoquer ces ouvrages sans grandes qualités mais que l’on peut lire.


La pensée politique de Chesterton ne passe absolument pas. Orwell l’évoque en passant dans son très important article : James Burnham and the Managerial Revolution, paru dans Polemic, en mai 1946. Michéa évoque longuement cet article (à partir de la page 66) dans son livre Orwell, anarchiste tory. Il remarque que Chesterton a prévu la disparition de la démocratie et de la propriété privée et son remplacement par une société d’esclaves, un monde soit capitaliste soit communiste. Au passage, Orwell s’en prend davantage à Hilaire Belloc en estimant que son livre Servile State est fatiguant et que la solution qu’il préconise (c’est aussi celle de Chesterton), à savoir le retour à la propriété rurale de petite taille est, pour beaucoup de raisons, impossible. On est un peu déçu de voir qu’Orwell affirme ici sans rien démontrer. Il ne discute même pas ; il évacue le sujet. Chesterton, dès 1926, a pris soin, dans Outline of sanity, de répondre à ce type d'accusation tout en mettant en avant l’absence de capacité de débat chez ceux qui prétendent s’opposer aux idées politiques du ChesterBelloc.


C’est peut-être dans Notes on Nationalism, (Polemic, octobre 1945) que les critiques d’Orwell sont les plus pertinentes. Non pas lorsqu’il reproche à Chesterton – après avoir reconnu « son talent considérable » – d’œuvrer sans relâche pour le catholicisme. Il est curieux quand même de voir un écrivain qui lui-même a défendu un idéal ne pas comprendre un autre écrivain défendre le sien. Il reproche en fait au catholique Chesterton de préférer les pays latins aux pays anglo-saxons parce que les uns sont catholiques et les autres sont protestants. Mais c’est refuser de voir combien la religion a marqué profondément les manières de vivre. Orwell a raison, en revanche, lorsqu’il souligne que Chesterton se fait une idée des Français qui ne correspond certainement pas tout à fait à la réalité. Il s’étonne de voir ce démocrate et cet anti-impérialiste chanter la guerre à travers deux poèmes, Lepanto ou la Ballade de sainte Barbe. Mais il faudrait replacer l'écriture de ces poèmes dans leur contexte. Il souligne son jugement sur Mussolini et il dénonce sa vision de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. De fait, La Barbarie de Berlin apparaît aujourd’hui comme une œuvre de propagande ainsi d’ailleurs que Les crimes de l’Angleterre.

(À suivre…)

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Published by Les amis de Chesterton - dans Un peu d'histoire
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