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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 07:58
L’année 1909 est également marquée pour Chesterton par la parution de Tremendous Trifles. C’est un recueil d’articles ou si l’on préfère de petits essais parus à l’origine dans The Daily News. On y retrouve un Chesterton particulièrement savoureux, avec une grande maîtrise de son art du renversement paradoxal, capable de nous enchanter en abordant des thèmes d’apparence loufoque (voire très loufoque) desquels pourtant il sait tirer des leçons de vie.
Le livre est paru chez Dodd, Mead and Company Published, en octobre 1909, puis à New York,  en 1910, toujours chez Dodd, Mead and Company.

Après une courte préface de l’auteur, l’ouvrage rassemble trente-neuf textes dont le premier a donné son titre à l’ensemble. Chesterton ne cache pas la fantaisie qui habite ces articles, et qui est certainement le vrai point commun entre eux tous. Il se justifie surtout en affirmant que les sujets évoqués, malgré la surprise qu’ils peuvent susciter auprès du lecteur, sont là pour que ce lecteur justement apprenne à se laisser surprendre par les choses banales, les éléments ordinaires de la vie, que l’œil ne remarque habituellement pas. Au contraire clame Chesterton, il faut que l’œil se réveille et que nous devenions des champions oculaires, réorientant constamment notre regard. C’est un vieux thème chestertonien dont le but est de déboucher sur une philosophie de la gratitude.

Ce livre n’a pas été traduit intégralement en français et l’on peut le regretter. C’est, pourtant, de bout en bout un festival typiquement chestertonien. Certains textes, comme par exemple « The Toy Theatre » sont très révélateurs de la personnalité même de l’auteur, lequel a été marqué à vie par le petit théâtre de marionnettes de son enfance.
Cependant, certains de ces textes sont disponibles dans le recueil Le Paradoxe ambulant, recueil de 59 essais choisis par l’écrivain Alberto Manguel, traduits de l’anglais par Isabelle Reinharez et publié par les éditions Actes Sud, dans la collection Le Cabinet de lecture, 2004 (ci-contre image de l'édition anglaise). Le livre est toujours disponible (voir ICI et ).
Dans cette édition, on trouve au total 11 essais extraits de Tremendous Trifles. 11 sur 39 ! Par ordre d’arrivée, citons :

Un morceau de craie (A Piece of Chalk)
Des avantages de n’avoir qu’une jambe (The Advantages of Having One Leg)
Du bonheur de rester au lit (On Lying in Bed)
Une course en taxi dans la campagne (A Cab Ride Across Country)
Les petits oiseaux qui refusent de chanter (The Little Birds Who Won't Sing)
Le théâtre de marionnettes (The Toy Theatre)
L’ange rouge (The Red Angel)
Le secret d’un train (The Secret of a Train)
Dans un pays à l’envers (In Topsy-Turvy Land)
Les douze hommes (The Twelve Men)
Deux agents de police et une morale (Some Policemen and a Moral)


Signalons que l’un des textes de Tremendous Trifles, non traduit hélas, concerne l’un de nos symboles nationaux : la prise de la Bastille. Chesterton médite justement, à partir de cet exemple, sur l’importance des symboles dans la vie des hommes. Il sait que la Bastille a marqué la fin d’une époque, et que cette prison était, au moment de sa prise et de sa destruction, assez peu dangereuse. L’écrivain anglais voit dans la prise de la Bastille une sorte de geste religieux, avec une signification rituelle, qui va bien au-delà de sa portée politique.

Un mot pour finir sur le théâtre de marionnettes, texte que l’on peut lire dans Le Pardoxe ambulant. Chesterton y décrit l’importance de ce type de théâtre et de ce qu’il représente pour l’enfant, la difficulté qu’il entraîne pour l’adulte (« c’est que s’amuser avec des jouets prend tellement plus de temps et donne tellement plus de mal que n’importe quelle autre activité »). Quant à lui, qui est un enfant-adulte ou un adulte avec un gros cœur d’enfant, il confesse que cela lui donne « le sentiment de toucher du doigt le véritable sens de l’immortalité. Dans ce monde nous n’avons pas le droit au plaisir pur ». Il en tire surtout une philosophie : « toutes les valeurs morales que l’homme moderne a besoin de connaître pourraient être tirées de ce jouet ». Exemple ? Le théâtre de marionnettes rappelle le principe de l’art qui est fait de « restriction ». Il nous enseigne à regarder les choses « par la petite fenêtre », à les remettre dans leur véritable perspective.

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Published by Les amis de Chesterton - dans La malle des livres de GKC
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