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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 00:31

Nous avions mis en ligne au début de ce blogue une vidéo montrant Chesterton en visite aux Etats-Unis (voir aussi ICI). Daniel Hamiche avait apporté sur son propre blogue plusieurs précisions concernant les interventions de G.K. Chesterton à Notre Dame University, laquelle est aujourd’hui le centre d’une forte polémique après l’invitation faite par les instances de cette institution au Président Barack Obama d’y venir prononcer un discours et recevoir une distinction. L’intervention de G.K. Chesterton à Notre Dame University a eu lieu lors du second voyage de Chesterton aux Etats-Unis.

Nous avons peu parlé de son premier voyage. Il date de début 1921. Le 1er janvier de cette année-là, l’écrivain anglais s’embarquait à Liverpool sur le « Kaiserin Augusta Victoria » pour un voyage de plusieurs jours qui le faisait arriver le 10 janvier à New York (cf. coupure de presse du New York Times, ci-contre, à gauche).

Dès le lendemain, il quittait la « Pomme » pour se rendre à Boston. Ce voyage n’était pas d’abord un voyage d’agrément, même si celui-ci ne devait pas être absent de cette tournée. Il s’agissait, en effet, d’une tournée de conférences. Chesterton était, bien évidemment, accompagné de son épouse, France Chesterton, sans laquelle rien de pratique n’aurait été possible. Les 16, 21, 23 et 30 janvier, Chesterton prononce plusieurs conférences à Times Square Theatre, à New York. Le 16 janvier, par exemple, il intervient sur l’éducation. (cf. coupure de presse du New York Times, ci-contre, à droite). Chesterton a ensuite pris le chemin du Massachusetts, avant de revenir à New York le 5 février. Le lendemain, le dimanche 6 février, l’écrivain était pris par une attaque de lumbago et il tenait malgré tout sa conférence le soir. (cf. coupure de presse du New York Times, ci-dessous). Résultat, ce géant devait rester au lit le lundi 7 avant qu’il ne reprenne la route, le mardi 8 février, en direction de Pittsburgh. Le retour à New York s’effectuera par Indianapolis le 26 mars 1921.

 

 

Qu’a-t-il fait pendant cette période ? Il a visité Oklahoma City, Chicago, Detroit, Columbus et Buffalo.

Dès le lendemain de son retour à New York, Chesterton prononçait une nouvelle conférence ainsi qu’une autre le 3 avril, à l’Apollo Theatre. Pour cette conférence, il devait aborder la question irlandaise, à un moment où celle-ci vivait une situation dramatique due à la guerre d’indépendance qui devait conduire au Traité du 6 décembre 1921 par lequel la Grande-Bretagne reconnaissait l’État libre d’Irlande et la partition de l’île (cf. coupure de presse du New York Times, ci-contre, à gauche).

Avant son retour en Angleterre, Chesterton et son épouse participaient à un dîner au National Art Club le 9 avril (cf. coupure de presse du New York Times, ci-dessous). Le 12 avril, ils s’embarquaient à bord de l’Aquitania, à destination de Cherbourg  et Southampton.

 

Pendant son séjour aux Etats-Unis, le New York Times rapportera pratiquement chaque jour les thèmes des interventions de l’écrivain. Même son lumbago fera l’objet d’un court article.

Plus sérieusement, son séjour est aussi l’occasion d’une polémique, à propos de son livre The New Jerusalem (La Nouvelle Jérusalem), publié l’année précédente.




Dans cet ouvrage, Chesterton raconte son voyage en Terre Sainte et consacre notamment tout un chapitre au sionisme. Il faudrait citer tout le livre pour entrer dans la pensée précise de Chesterton. Comme le sujet le mérite, nous espérons y revenir en détail un jour. Pour l’heure, contentons-nous de préciser que la sortie de ce livre liée très peu de temps après à la venue de Chesterton aux Etats-Unis donna l’occasion au rabbin Schulman de déclencher une polémique sur le supposé antisémitisme de Chesterton (ci-dessous un autre article du 30 janvier 1921, paru dans The New York Times, sur La Nouvelle Jérusalem).

L’année suivante, malgré ses déclarations au départ de l’Angleterre, Chesterton écrira un livre pour rapporter ce qu’il a vu en Amérique : What I Saw in America.

 

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 09:47

En s’intéressant à la vie de G.K. Chesterton, un nom revient souvent : Beaconsfield. Ce nom n’est ni celui d’un ami de l’auteur ni le nom d’un roman que l’on viendrait de découvrir. Beaconsfield est plus simplement le nom de la petite ville dans laquelle G.K. Chesterton et sa femme France, ont passé la plus grande partie de leur vie.

Chesterton a épousé France Blogg en 1901 et ils ont vécu à Londres jusqu’en 1909. Cette année-là, ils ont décidé de prendre le premier train en partance de la gare de Paddington. Ils se sont arrêtés à Slough et, de là, ils ont continué à pied jusqu’à Beaconsfield. En revenant, ils avaient décidé d’y vivre. Une grande partie des livres de Chesterton a donc été écrite à Beaconsfield, précisément à Top Meadow (photo ci-dessus : aperçu du mur, avec la plaque indiquant que GKC a vécu ici), le nom de son cottage, qui appartient aujourd’hui à un propriétaire privé et n’est pas ouvert aux visites.

C’est aussi à Beaconsfield que Chesterton a été reçu dans l’Église catholique en 1922, en présence de Mgr O’Connor, qui a servi par ses qualités de modèle au Father Brown, et du Père bénédictin Ignatius Rice. À l’époque, il n’y avait pas de paroisse catholique à Beaconsfield. Aussi la cérémonie s’est-elle déroulée dans une salle aux allures modestes, avec des murs en bois et un toit composé de tôles ondulées. C’est en 1927 que l’église catholique de la petite ville sera bénie, en présence bien sûr de l’écrivain, fidèle paroissien (photo ci-dessous).

C’est à Top Meadow également que G.K. Chesterton meurt, le 14 juin 1936. Le curé de la paroisse catholique Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, Mgr Smith lui a donné les derniers sacrements, en présence du père Vincent McNabb, un dominicain, autre grand ami de l’écrivain, qui a embrassé la plume avec laquelle celui-ci écrivait avant de chanter le Salve Regina, selon la tradition de l’Ordre des prêcheurs.

 

Chesterton a été enterré au cimetière de Shepherd's Lane à Beaconsfield. Le monument funéraire fut sculpté par Eric Gill, artiste, grande figure (aujourd’hui controversée) du mouvement distributiste, fondateur de la Guilde de Saint-Joseph et Saint-Dominique, à Ditchling. Deux ans plus tard, France Chesterton est décédée à son tour et a rejoint son mari dans le caveau familial. En 1988, ce fut au tour de la fidèle secrétaire de Chesterton, Dorothy Collins, qui avait géré ses droits après la mort de l’écrivain, de mourir. Elle fut enterrée avec le couple Chesterton. Le monument funéraire que les visiteurs peuvent apercevoir aujourd’hui n’est plus celui d’Eric Gill (photo ci-dessus). Abîmé par le temps, celui-ci a été remplacé. Il se trouve désormais contre le mur de l’église Sainte-Thérèse (photo ci-dessous).

 

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 00:49
Nous avions au début de ce blogue proposé à la lecture les articles parus dans la grande presse en France au moment de la mort de Chesterton, le 14 juin 1936. C'est ainsi qu'on a pu lire les articles de La Croix, Le Figaro et L'Humanité. Nous proposons ici, non plus un quotidien français, mais un quotidien suisse et nous reproduisons ci-dessous l'article publié le mardi 16 juin 1936, en première page du Journal de Genève. Malgré quelques petites erreurs – Chesterton, par exemple, ne s'est pas converti au catholicisme pendant la guerre, mais en 1922 –, l'article signé des seules initiales P.C. est d'une tonalité générale assez juste. Chesterton y est défini comme un « Rabelais sensible » et un « Alceste heureux ».



Gilbert Keith Chesterton, G.K.C., comme on l’appelait familièrement, le grand romancier et pamphlétaire anglais qui vient de mourir, habitait à Beaconsfield, dans le comté de Buckingham, une petite maison basse en brique rouges édifiée au milieu des fleurs ; sur une colline (« Top Meadow »). Frédéric Lefebvre, qui est allé le voir là-bas il y a quelques années, écrivait dans les Nouvelles littéraires : « La maison est aussi originale que Chesterton lui-même, sa chevelure, ses vêtements, sa conversation. » C’est là qu’il travaillait en se promenant, occupé de chercher les moyens les plus propres à détruire le conventionnel, le mensonge et l’hypocrisie dans les manières, les mœurs et les idées de l’Angleterre.
Car ce fut un terrible redresseur de torts, le plus beau destructeur de bobards et le plus obstiné constructeur de vérités que ce puissant écrivain. Il y a en lui un Rabelais sensible et un Alceste heureux. À ses yeux de chrétien convaincu (il s’était converti de façon retentissante au catholicisme pendant la guerre), le bonheur peut être une solide réalité pour la plupart des hommes. Un travail joyeusement accompli, un foyer, des enfants, quelqus bons amis, voilà plus qu’il n’en faut pour accueillir la vie à bras ouverts.
Pourquoi dès lors les hommes ne s’avisent-ils pas de posséder simplement cette richesse du cœur et de l’esprit ? Parce qu’autrefois le puritanisme s’efforçait de trouver dans la souffrance et la privation une pseudo grandeur qui ne manifeste que le goût malsain de l’humiliation et de la cruauté. Parce qu’aujourd’hui le machinisme et le progrès matériel, sous prétexte d’adoucir et d’enrichir l’existence, l’appauvrissent et le figent.
Ce libéral, plein d’une éclatante et joyeuse santé, commença sa vie de pamphlétaire à l’époque de la guerre sud-africaine à laquelle il fit une tonitruante exposition, encourageant les Boërs à la résistance ; puis il batailla contre l’impérialisme colonial, en faveur de l’émancipation de l’Irlande ; il fonda The New witness, journal de toute violence contre la corruption politique et le pouvoir de l’argent. Enfin, il publia d’admirables romans, d’une verve drue, où, sans aucun souci de la composition, la vie jaillit à chaque page en aventures étourdissantes. La Sphère et la Croix, Orthodocie, Heretics, Le nommé Jeudi, Le Napoléon de Nothing Hill, mêlent dans une débauche érudite d’idées les choses les plus follement drôles aux questions les plus graves pour donner le tableau même de l’humanité.
Et aussi l’image d’un caractère et d’un homme. Ce magnifique écrivain, journaliste, philosophe, critique et conteur, était un croyant joyeux qui aimait son semblable et détestait la cuistrerie.
P.C.
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 12:00
Si Gilbert Keith Chesterton recommence à être un peu connu en France, Hilaire Belloc, paradoxalement, est quasiment tombé dans l’oubli. Paradoxalement, car Joseph Hilaire Pierre René Belloc est né à La Celle-Saint-Cloud, en France donc, à proximité de Paris, le 27 juillet 1870. Pourquoi cette naissance française ? Parce que son père était tout simplement Français.
Louis Belloc, un jeune avocat, avait épousé en 1867 une jeune britannique, Elizabeth Rayner Parkes (1829-1925) qui sera également écrivain. Si celle-ci était l’arrière-petite-fille du chimiste Joseph Priestley, Louis Belloc avait pour père un artiste en la personne de Jean-Hilaire Belloc. Né le 27 novembre 1786 à Nantes, Jean-Hilaire Belloc exerçait la profession de peintre de tendance néoclassique. Élève dans l’atelier d’Antoine Gros puis de Jean-Baptiste Regnault, Jean-Hilaire Belloc obtint une médaille au Salon de 1810. Par la suite professeur de dessin de la rue de l’École-de-Médecine, Jean-Hilaire Belloc sera fait Chevalier de la  Légion d’honneur en 1864, deux ans avant de mourir. On trouve certaine de ses œuvres au musée national du château et des Trianons de Versailles, au Paris, au musée du Louvre département des Peintures, à Paris et au musée national Magnin, à Dijon.

ARTHUR, COMTE DE DILLON, LIEUTENANT GENERAL (1749-1794)
Peinture de Jean-Hilaire Belloc (Versailles)





Peu après la naissance de Hilaire Belloc, sa famille part en Angleterre, pour éviter les affres de la guerre civile consécutive de la défaite de 1870, et les difficultés du siège de Paris, en septembre de la même année. En lisant The Times, ils apprendront que leurs maisons de Bougival et de La Celle-Saint-Cloud ont été mises à mal. Pourtant, en juin 1871, ils reprennent le chemin de la France et s’y installe à nouveau. Mais ce séjour devait s’avérait tragique. Lors d’un voyage en Auvergne, pour vister des amis, Louis Belloc se sent mal. Il se met à l’écart pour se reposer. Il sera impossible de le réveiller. À quarante-deux ans, il vient d’effectuer son dernier voyage. Le 22 août 1871 il est enterré au cimetière de La Celle-Saint-Cloud. La famille reste en France jusqu'au jour des morts, le 2 novembre 1871, puis elle reprend le chemin de l’Angleterre.
D’une certaine manière, la vie du jeune Hilaire est scellée. Avec un père vivant, il aurait certainement grandi en France. Celui-ci disparu, sa jeune veuve reprend naturellement le chemin de son pays natal.
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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 14:32




L’amitié qui lia Gilbert Keith Chesterton à Hilaire Belloc fut si grande et  si forte que George Bernard Shaw, leur ami commun, et néanmoins adversaire idéologique, en fit un monstre imaginaire, le « Chesterbelloc ». Comme souvent, la caricature fut reprise par ceux-là même qu’elle visait. Et Chesterton en fit un dessin humoristique, reconnaissant en quelque sorte la part de vérité de cette étrange bestiole tout en donnant quelque gage à l’autodérision.
Dans L’Homme à la clef d’or, son autobiographie, Chesterton a raconté sa rencontre avec Hilaire Belloc
« Mes amis venaient de sortir d’Oxford, Bentley de Merton et Oldershaw de “The House”, où ils avaient fait figure de vedettes dans un groupe de jeunes libéraux opposés à des degrés divers à l’impérialisme courant […] Peu après notre rencontre à Londres, je fus retrouver Lucian Oldershaw dans un petit restaurant de Soho. […] Je n’ai jamais été ce personnage raffiné qu’on appelle un gourmet ; je suis donc tout heureux de dire que je suis encore très capable d’être un glouton. […] Mais ceux qui préfèrent vraiment manger de bonnes grillades et des omelettes savoureuses plutôt que d’évoluer dans du plâtre doré parmi des valets de pantomime, ceux-là avaient déjà trouvé le chemin de ces plaisants petits repaires, en marge de Leicester Square, où, dans dans ce temps-là, on pouvait encore se procurer pour six pence une demi-bouteille d’un vin rouge absolument parfait. C’est vers l’un d’eux que j’allais retrouver mon ami. Il entra, suivi d’un solide gaillard coiffé d’un de ces chapeaux de paille que l’on portait alors, et qu’il vous avait enfoncé jusqu’aux yeux, ce qui accentuait la longueur et le volume particuliers de son menton. Il avait une façon de porter le veston au sommet des épaules qui donnait au vêtement l’allure d’un pardessus pesant ; je pensai tout de suite aux portraits de Napoléon, et, pour quelque raison obscure, surtout aux portraits de Napoléon à cheval. Mais, le regard, les yeux, pourtant non exempt d’inquiétude, avaient cette curieuse acuité lointaine que l’on voit aux yeux des gens de mer ; dans sa démarche même on percevait quelque chose de ce qui a été comparé à l’allure du matelot balancé par le roulis. […]
Il s’assit lourdement sur une des banquettes, et tout de suite se mit à discuter je ne sais quelle controverse. Je compris qu’il s’agissait de savoir si l’on pouvait raisonnablement prétendre que le roi John fut le meilleur roi des Anglais. Il conclut judicieusement dans le sens de la négative ; mais d’après les principes de l’Histoire d’Angleterre de Madame Markham, (à laquelle il était très attaché) il se montra clément pour le Plantagenêt. […] Il continua de parler à mon grand plaisir et mon vif intérêt, comme il n’a cessé de parler toujours depuis lors. Car c’était là Hilaire Belloc, déjà fameux comme orateur à Oxford, où il était cosntamment dressé contre un autre orateur brillant, nommé F.E. Smith, qui devait être plus tard Lord Birkenhead. Belloc était censé représenter le progressisme, Smith l’idée conservatrice ; mais le contraste entre eux était plus profond, et il eût résisté à l’échange à l’échange de leurs étiquettes respectives. En fait, les deux carrières et les deux personnages pourraient être présentés comme une étude et comme un problème sur le sens des mots “échec” et “succès”. »

À suivre…
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 00:42
Comment fut reçu de son temps, et en France, Chesterton ? Les principaux critiques sont souvent cités. On connaît l’accueil que lui réserva Paul Claudel. On sait celui que lui témoignèrent le Père de Tonquédec, Henri Massis, André Maurois ou Valery Larbaud. Mais ils furent loin d’être les seuls. En guise d’exemple, voici l’extrait d’un article paru dans La Revue des Deux Mondes (1er janvier 1907), par lequel T. de Wyzewa  présente le Dickens de Chesterton.



Romancier, essayiste, critique dramatique,, M. Chesterton est certainement aujourd'hui l'un des plus originaux parmi les jeunes écrivains anglais. Peut-être même aurait-il une tendance à exagérer sa crainte, d'ailleurs très légitime, de la banalité : et il n'y a pas jusqu'à son livre sur Dickens qui, tout excellent qu'il soit, ne nous laisse l'impression d'un ouvrage incomplet, faute pour l'auteur d'avoir pu se résigner à traiter telles parties de son sujet où d'autres avaient déjà touché avant lui. Mais son livre n'en est pas moins, et à beaucoup près, le meilleur qu'on ait écrit depuis longtemps sur ce sujet; et nulle part encore M. Chesterton n'a tiré un aussi heureux parti  ses qualités natives, dont la plus précieuse est, si je ne me trompe, un humour à la fois très simple et très délicat, s'appuyant sur la plus droite et solide raison pour aboutir aux déductions les plus imprévues. Sous une forme volontiers paradoxale, le Dickens de M. Chesterton ne nous apporte rien qui ne soit profondément médité et pesé, ni dont on ne soit forcé de reconnaître la parfaite justesse, quand on a fini de s'étonner de l'agréable fantaisie de son expression. C'est un livre que je ne saurais mieux comparer, pour la manière dont il tranche toutes les questions qu'il aborde, qu'à l'admirable Balzac de M. Brunetière (1) : comme lui, il achève de mettre au point toute sorte de faits d'histoire littéraire que personne, jusqu'ici, n'avait encore nettement exposés; comme lui, il consacre définitivement la gloire du grand romancier dont il indique le vrai rôle et les vrais mérites.
L'écrivain anglais nous dit, quelque part, « qu'il suppose bien qu'aucun malin (prig) ne survit plus qui ose encore nier la très haute place occupée par Dickens dans la littérature de tous les temps : » mais, en tout cas, nous pouvons être certains qu'aucun « malin » de ce genre, s'il en reste encore, ne survivra à la publication de son livre sur Dickens, tout de même que nous pouvons être certains, après la Balzac de M. Brunetière, que jamais plus quelqu'un ne se trouvera pour nier sérieusement la «  très haute place » occupée, dans le roman français, par l'auteur du Curé de Tours et du Cousin Pons. Balzac et Dickens, l'heure de la justice est décidément venue pour ces deux grands hommes, dont chacun est peut-être la plus vivante incarnation de ce que contiennent de plus essentiel l'esprit et le cœur de la race.

Avec sa pénétration et son ingéniosité ordinaires, M. Chesterton nous explique quelques-uns des motifs de la défaveur témoignée longtemps à Dickens par un très grand nombre de lettrés anglais. C'est que, d'abord, la génération « réaliste » d'il y a vingt ans a été choquée du caractère excessif, et absolument irréel, – ou plutôt « anti-naturaliste, » – des peintures d'un écrivain qui, avant tout et par-dessus tout, avait toujours été un poète; et lorsque ensuite le goût est revenu aux poètes, la nouvelle génération « symboliste » et « décadente » s'est choquée de ce que la « poésie » de Dickens avait de puissant, de joyeux, de foncièrement naturel et sain; tandis qu'elle ne prenait plaisir qu'à une poésie toute maladive, tout artificielle, et toute désolée. Mais aujourd'hui la beauté de l'art de Dickens a triomphé des diverses préventions élevées contre elle, comme il arrive, à Londres même, par les après-midi d'été, que le soleil traverse victorieusement la masse des brouillards. Et nul obstacle ne l'empêchera plus de briller, de charmer les yeux, et d'échauffer les âmes.
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 00:05
Dans Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (Outline of sanity), Chesterton écrit :
« La distribution peut être un rêve ; trois acres et une vache peuvent être une plaisanterie ; les vaches peuvent être des animaux fabuleux comme la licorne; la liberté peut n’être qu’un mot, l’entreprise privée peut être une chimère que le monde ne peut plus se permettre le luxe de poursuivre. Soit ! Mais à ceux qui laissent entendre que la propriété et l’entreprise privée sont encore aujourd’hui des principes en vigueur, je dis qu’ils sont sourds, aveugles et inconscients des réalités de leur existence quotidienne, et qu’en conséquence ils n’ont rien à faire dans notre débat.
Utopiques nous le sommes, certes, dans le sens où notre tâche est aussi ardue que celle d’Hercule nettoyant les écuries d’Augias. Nous sommes aussi révolutionnaires dans le sens où une révolution signifie un renversement : un renversement de direction, même s’il doit s’accompagner d’un ralentissement du rythme. »


Au début de cet extrait, Chesterton utilise la formule « trois acres et une vache » dont on trouve une représentation dans le dessin  utilisé ici et signé… Chesterton. De quoi s'agit-il ?
C'est en fait un slogan rendu célèbre par Chesterton. C'est une formule qu'il a remise à l'honneur, mais qui lui est antérieure. Ce slogan symbolise la nécessité du retour à la terre. La formule remonte aux années 1880 et viendrait de Jesse Collings, un député agrarien du Devonshire qui a encouragé les petites exploitations. Elle a longtemps été attribuée à Joseph Chamberlain, ministre britannique dans les années 1880 et promoteur de la réforme agraire. Cependant, elle aurait pu être utilisée pour la première fois par Eli Hamshire, un philosophe terrien, vivant dans le village de Ewhurst dans le Surrey, en Angleterre, dans sa correspondance avec Chamberlain et Collings. Grâce à Chesterton et au courant distributiste, elle connaîtra une seconde vie dans les années 20 et 30 du XXe siècle.

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 00:35


Dans Outline of sanity (traduction française : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste), recueil d’articles parus dans le G.K’S Weekly, Chesterton défend l’idée distributiste de la société. En1926, l’écrivain avait présidé à la naissance de la « Distributist League », mouvement politique et économique, visant à défendre l’idée d’une large et massive distribution de la propriété privée en Angleterre, et de ce fait, un type de société plus lente, plus artisanale et paysanne. Du côté de Chesterton, le but est double. Il s’agit de rendre les familles et les hommes plus libres et donc responsables de leurs destins. Pour ce faire, il faut qu’ils puissent bénéficier d’un minimum de moyens matériels correctes pour vivre. L’autre but visé est qu’ainsi le christianisme pourra trouver le terreau nécessaire pour prendre racine et s’épanouir.
La première réunion de ce qui sera la Ligue distributiste a lieu le 17 septembre 1926, à Essex hall. Les participants y élisent un premier bureau, composé de Chesterton comme Président, d’un certain capitaine Went comme secrétaire et d’un trésorier du nom de Maurice Reckitt. Comme pour toute association naissante – il ne s’agit pas d’un parti politique –, la dénomination du groupe occupe tout d’abord les esprits. Le nom de « Cobbet club » est avancé. Chesterton a publié l’année précédente un essai biographique sur ce ruraliste anglais. On propose aussi celui de « Ligue des Luddites » du nom de ce groupe opposé aux machines, ou encore « Ligue de la petite propriété », « La vache et les acres », du nom du slogan symbolisant l’idéal rural des distributistes. Beaucoup soutiennent l’idée d’une « Ligue des lutins », clin d’œil amusant à l’importance que Chesterton accorde à l’éthique des fées, comme il l’a développé dans Orthodoxie. On propose encore le nom de « Ligue de la propriété perdue » ou « Ligue de la liberté et de la propriété perdue », noms censés résumer l’idéal poursuivi.
En Octobre 1926 une autre réunion a lieu sur le thème justement de la perte de la liberté. Finalement ce sera la « Ligue distributiste », même si ce terme ne remporte pas tous les suffrages, certains considérant qu’il est laid et qu’il ne résume pas toutes les ambitions de l’association. C’était le cas notamment du dominicain Vincent McNabb, très engagé dans la diffusion de la propriété privée paysanne, ou encore de Hilaire Belloc, qui aurait préféré que l’on parle de la « Restauration de la propriété privée » (nom de l’un de ses essais) ou encore que l’on prenne comme nom « Outline of sanity », que l’on peut traduire, entre autre possibilité, par « plan de santé morale ».
Outline of sanity était le titre d’une série d’articles que Chesterton avait publié dans le G.K.’s Weekly. Dans ces articles, l’écrivain argumentait en faveur d’un retour à la santé de l’esprit, aussi bien dans le monde paysan qu’artisanal, par une libération de la place trop grand accordé au machinisme et à l’industrie ainsi qu’à la grande distribution, alors encore embryonnaire. Ces articles et le lancement de la Ligue ont entraîné une augmentation du tirage du G.K.’s Weekly. Mais le lectorat n’était pas sans réaction face aux articles de Chesterton et des autres journalistes de la Ligue. Il demandait davantage de conseils pratiques et d’explicitation des principes ainsi que moins de critiques. Surtout, les lecteurs demandaient quand la Ligue entreprendrait quelque chose.
À cette question, la réponse de Chesterton était invariable. Son rôle était d’écrire et de parler, de travailler à la « propagande ». Il ne cessait d’expliquer que la société qu’il préconisait était la société normale alors que le monde moderne était anormal et aliéné. La difficulté se trouvait pourtant dans le fait qu’il fallait rendre normal l’anormal, ce qui nécessitait un effort surhumain. Dans Outline of sanity (traduction française Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste), Chesterton ne cesse d’expliquer que l’homme peut refaire le chemin en sens inverse dès lors qu’il s’aperçoit qu’il a suivi la mauvaise route.
Vraie pour une erreur d'itinéraire, l'affirmation se vérifie-t-elle pour les sociétés ? Très vite, les responsables de la Ligue distributiste sont tombés en désaccord sur la place des machines dans une société distributiste. Certains, fidèles en cela à l’exemple luddite, s’opposaient à toute idée de machines ; d’autres, au contraire, en défendait le principe.
Et Chesterton ? Il consacre une partie de son livre Outline of sanity à cette question. Sa position est médiane. Il estime que la machine peut être nécessaire pour aider à développer des petites entreprises et de petites exploitations agricoles. La machine peut aider à s'affranchir du machinisme. Le but premier pour Chesterton consistait à répandre la propriété privée, moyen par lequel l’homme est libre effectivement. La machine, dans la mesure où elle pouvait jouer un rôle dans ce sens, n’était pas systématiquement à combattre. Cette question de la machine montrait en tous les cas la difficulté à faire machine arrière – c'est le cas de le dire – pour refaire une société plus conforme à la nature humaine.
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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 09:59

Auteur lui-même de romans policiers, Chesterton a également servi de modèle à un héros du genre. En 1933, John Dickson Carr donne naissance à l’un de ses personnages majeurs, le Docteur Gideon Fell. Impossible de s’y tromper : Fell a tout de Chesterton. D’abord au physique. De stature imposante, il est obèse, porte un lorgnon, « posé de façon précaire sur le bout de son nez ». Il observe ses interlocuteurs avec de « petits yeux scrutateurs » en faisant trembloter ses trois mentons. Par ailleurs, Fell aime fumer la pipe et ne peut résister à boire de la bière qu’il consomme en quantité impressionnante. Au moral, Fell est bon enfant, génial et naïf tout à la fois. Il prête souvent à rire, mais surprend aussi très souvent.
La ressemblance s’impose donc, même si dans les détails des différences apparaissent puisque Chesterton fumait plutôt le cigare que la pipe.
N’empêche ! En 1936, le « London Detection Club », fondé en 1928 par A.B. Cox, dit Anthony Berkeley, accueille dans ses rangs John Dickson Carr. Le Président d’honneur de ce club d’auteurs de romans policiers n’est autre que G.K. Chesterton. Les parrains de John Dikson Carr sont Berkeley et Dorothy L. Sayer. Pour Carr, c’est l’espoir de rencontrer enfin Chesterton. C’est pendant ses années de collège qu’il a découvert les aventures du Father Brown, personnage qui semble l’avoir profondément marqué. Dans l’édition complète des œuvres de J.D. Carr aux éditions du Masque, Roland Lacourbe écrit à ce sujet, dans son introduction du tome 1 : « À leur lecture, l’adolescent et transporté par l’atmosphère insolite de ces contes pour adultes, séduit par l’avalanche des paradoxes, enivrés par l’exposé des problèmes “impossibles” ». Malheureusement pour J.D. Carr, il ne rencontrera jamais Chesterton. En 1936, celui-ci est gravement malade et ne pourra assiter à l’intronisation de son admirateur au sein du Detection Club. Toujours selon Roland Lacourbe, Chesterton « connaissait déjà bien ses écrits (ceux de J.D. Carr) et s’était déclaré flatté d’avoir été personnifié sous les traits à peine caricaturaux du Dr Gideon Fell. »

Pour en savoir plus, on peut se reporter au très bon site Internet suivant : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net et notamment à la page consacrée au Dr Gideon Fell : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net/Encyclopedie/Fell.html
À noter également sur le même site, la page consacrée au Father Brown : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net/Encyclopedie/Brown.html
Il s’agit non seulement d’un excellent site d’informations sur le monde des personnages de romans policiers (textes d’Éric Honoré), mais aussi d’un site doté de très bons dessins de Jean-Claude Mornard. Au sujet du Father Brown, il est affirmé qu’il porte le prénom de John. À notre connaissance, (mais nous pouvons nous tromper, bien sûr) seule l’initiale « J » apparaît dans les aventures du Père Brown.
De son côté Jean Tulard dans son Dictionnaire du roman policier (Fayard, 2005) consacre une notice à J.D. Carr et une au Dr. Gideon Fell au sujet duquel il écrit :
« Ce personnage apparaît en 1933 dans Hag’s Nook. Il a alors une épouse et un cottage dans le Lincolnshire. Il est corpulent, le teint vermeil et le lorgnon inquisiteur. Le modèle de ce détective amateur ? Chesterton lui-même. Carr  l’avouera : “À l’heure où je commençais à acquérir de l’assurance, je décidais de créer un détective à l’image du grand homme” ».

Marc Berthier, dans l’édition intégrale du Masque, a bien rendu le personnage de Fell (cf. les reproductions de cette page). La ressemblance avec Chesterton est frappante.



Merci à Bernard S. de m'avoir fait connaître Carr et son Gideon Fell.

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 00:37
Difficile pour un écrivain de donner des repères biographiques sans évoquer ses livres. C'est pourtant ce que nous tentons ci-dessous. On retrouvera une présentation des livres de Chesterton dans la catégorie "La malle des livres de G.K.C.", alimentée chaque semaine.


29 mai 1874 : Naissance à Londres de Gilbert Keith Chesterton

1er juillet 1874 : Baptême selon le rite anglican

1879 : Naissance de son frère Cecil Chesterton

1887-1892 : Études au collège Saint-Paul

1892 : Études de lettres à l'Université de Londres puis étude de la peinture à la Slade School of Arts

Été 1894 : Voyage en Italie

1895 : Premières critiques littéraires puis entre comme lecteur chez Redway, éditeur

1896 : Fin de son travail chez Redway. Chesterton entre chez un autre éditeur, Fisher Unwin. La même année, il fait connaissance de sa future épouse, Frances Blogg.

1899 : Chesterton écrit des articles pour The Speaker

1900 : Chesterton prend position contre la guerre en Afrique du Sud. Il écrit aussi dans The Bookman

1901 : Chesterton collabore au Daily News

28 juin 1901 : Mariage avec Frances Blogg, fille d'un diamantaire de Londres

1909 : Installation à Beaconsfield, dans la grande banlieue de Londres. Chesterton y reste jusqu'à la fin de sa vie.

1907 : Chesterton rencontre le père John O'Connor dont il s'inspirera pour le personnage du Father Brown

1912 : Rupture avec le Daily News pour rejoindre le Daily Herald

1913 : Chesterton souffre d'une congestion du larynx, mal diagnostiquée. Le surmenage fait aussi sentir ses effets.

1914 : Au début de la Première Guerre mondiale, Chesterton dénonce l'Allemagne, son influence luthérienne et prône la rupture avec le monde germanique et protestant. À la fin de l'automne, il tombe dans un état semi-comateux puis à la veille de Noël, dans un coma total.

1915 : À partir de Pâques, Chesterton émerge peu à peu de son état.

1916 : Chesterton signe une pétition en faveur de Sir Roger Casement, qui a aidé les Républicains irlandais

1918 : Chesterton prend la place de son frère Cecil, qui vient de mourrir,  comme rédacteur en chef de The New Witness

1921 : Chesterton dénonce les exactions anglais en Irlande. Voyage aux États-Unis

1922 : Conversion au catholicisme le 30 juillet 1922 en présence du père O'Connor et du père bénédictin Rice

1925 : The New Witness devient le G.K.'s Weekly

1927 : Voyage en Pologne

1929 : Voyage à Rome

1930 : Voyage aux États-Unis

1936 : Voyage en France et mort de Chesterton
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